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La France veut conditionner l'aide au développement pour sept pays africains à la lutte contre l'immigration à Mayotte

Monde · · Par Claire BERNARD

La France veut conditionner l'aide au développement pour sept pays africains à la lutte contre l'immigration à Mayotte

En déplacement pour deux jours à Mayotte, le ministre des Outre-mer, Sébastien Lecornu, a annoncé mercredi 26 août que la France entendait conditionner le verse

En déplacement pour deux jours à Mayotte, le ministre des Outre-mer, Sébastien Lecornu, a annoncé mercredi 26 août que la France entendait conditionner le versement de son aide publique au développement à une meilleure coopération des pays concernés dans la lutte contre l’immigration clandestine sur l’archipel. Selon des informations rapportées par RFI, sept pays africains seraient directement visés par ce dispositif de « bonus-malus », dont les modalités précises ont été décrites par le Premier ministre. Cette annonce intervient dans un contexte de pression migratoire soutenue sur le département français de l’océan Indien, où les arrivées de clandestins en provenance des Comores, notamment, demeurent un enjeu sécuritaire et politique majeur. ### Un mécanisme de « bonus-malus » inédit D’après les déclarations de Sébastien Lecornu, rapportées par RFI, le gouvernement français souhaite instaurer un système de conditionnalité liant l’attribution de l’aide publique au développement (APD) à l’effort fourni par les États partenaires en matière de réadmission de leurs ressortissants en situation irrégulière. Ce mécanisme, qualifié de « bonus-malus », prévoirait d’augmenter ou de réduire l’enveloppe financière allouée à chaque pays en fonction de sa coopération effective sur le terrain. Les sept nations africaines concernées n’ont pas été nommément citées dans l’immédiat, mais des sources proches du dossier évoquent une liste incluant probablement les Comores, principal point de départ des migrations vers Mayotte, ainsi que d’autres États de la région. Ce dispositif s’inscrirait dans une logique de responsabilisation des partenaires, selon les termes employés par le ministre. Il s’agirait, pour Paris, de faire de l’aide au développement un levier de pression diplomatique et opérationnelle, tout en répondant aux attentes d’une partie de l’opinion publique locale, régulièrement mobilisée sur la question de l’insécurité liée à l’immigration clandestine. Toutefois, les modalités exactes de calcul du « bonus-malus », ainsi que les critères d’évaluation retenus, n’ont pas encore été précisés officiellement, ce qui laisse place à des interprétations variées quant à la portée réelle du dispositif. ### Un contexte local tendu Mayotte, département français depuis 2011, fait face à une pression migratoire exceptionnelle, en grande partie en provenance de l’Union des Comores, située à quelques dizaines de kilomètres seulement. Selon des données démographiques citées par les autorités locales, la population mahoraise serait composée de près de la moitié de personnes d’origine étrangère, dont une majorité en situation irrégulière. Cette situation alimente des tensions récurrentes autour de l’accès aux services publics, au logement et à l’emploi, et a conduit à plusieurs reprises à des opérations de démantèlement de campements informels, menées par les forces de l’ordre. La visite de Sébastien Lecornu s’inscrit dans ce contexte particulier, marqué également par une actualité judiciaire sensible. En effet, l’archipel a été le théâtre, ces derniers mois, d’opérations de contrôle renforcé et d’expulsions, dont certaines ont été critiquées par des organisations de défense des droits humains. Le gouvernement, de son côté, justifie ces mesures par la nécessité de rétablir l’ordre républicain et de lutter contre les réseaux de passeurs, qui prospéreraient sur la misère économique de la région. ### Des implications diplomatiques et budgétaires La mise en place de ce système de conditionnalité pourrait avoir des répercussions significatives sur les relations bilatérales entre la France et les sept pays concernés. D’après des experts en politiques de développement interrogés par RFI, ce type de mécanisme, s’il venait à être appliqué strictement, risquerait de fragiliser des partenariats déjà complexes, notamment dans le domaine de la coopération sanitaire et éducative. Certains observateurs estiment également que cette approche pourrait être perçue comme une forme de pression politique, susceptible de générer des tensions diplomatiques dans une région où la France conserve une influence historique importante. Sur le plan budgétaire, l’APD française représente plusieurs centaines de millions d’euros par an pour l’ensemble des pays africains. Le « bonus-malus » ne concernerait toutefois qu’une fraction de ces montants, selon les précisions apportées par le ministre, qui a évoqué une enveloppe dédiée spécifiquement à la coopération migratoire. Ce volet financier, dont le montant exact n’a pas été divulgué, serait géré par l’Agence française de développement (AFD), qui serait chargée d’évaluer les progrès réalisés par chaque État en matière de lutte contre l’immigration irrégulière. ### Une annonce aux résonances politiques multiples Cette annonce intervient également dans un calendrier politique chargé, alors que le gouvernement français cherche à durcir sa ligne sur les questions migratoires, à l’approche d’échéances électorales importantes. Le Premier ministre, qui a décrit le dispositif de « bonus-malus », semble vouloir envoyer un signal fort à l’opinion publique, tout en répondant aux demandes répétées des élus mahorais, qui réclament depuis longtemps des mesures plus coercitives à l’égard des pays d’origine des migrants. Toutefois, la mise en œuvre concrète de ce mécanisme soulève plusieurs questions pratiques, notamment en ce qui concerne la définition des critères de « bonne coopération », la fréquence des évaluations, ou encore les recours possibles pour les pays qui contesteraient les décisions françaises. D’autres États européens, comme le Danemark ou l’Italie, ont expérimenté des dispositifs similaires par le passé, avec des résultats contrastés, ce qui pourrait servir de référence aux autorités françaises dans les prochains mois.