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"La France peut être leader, mais pas sur tout" : les 655 millions pour l’IA annoncés par Sébastien Lecornu suffiront-ils à rattraper notre retard ?

Une · · Par Claire BERNARD

# "La France peut être leader, mais pas sur tout" : les 655 millions pour l'IA annoncés par Sébastien Lecornu suffiront-ils à rattraper notre retard ? À la veil

# "La France peut être leader, mais pas sur tout" : les 655 millions pour l'IA annoncés par Sébastien Lecornu suffiront-ils à rattraper notre retard ? À la veille de l'ouverture de VivaTech, le gouvernement a dévoilé une enveloppe supplémentaire de 655 millions d'euros destinée à soutenir le développement de l'intelligence artificielle en France. Cette annonce, portée par le ministre des Armées Sébastien Lecornu, suscite autant d'espoirs que d'interrogations sur la capacité de la France à combler son retard face aux géants américains et chinois du secteur. ## Un investissement significatif mais jugé insuffisant Selon des informations rapportées par Midi Libre, cette somme de 655 millions d'euros viendrait s'ajouter aux précédents engagements financiers de l'État en faveur de l'IA, sans toutefois préciser le détail des affectations budgétaires. Pour Anne Laurent, présidente de l'association IA Montpellier Méditerranée, ce montant, bien que conséquent, pourrait ne pas suffire à faire basculer la France dans le peloton de tête mondial. "La France peut être leader, mais pas sur tout", a-t-elle notamment déclaré, soulignant la nécessité de faire des choix stratégiques clairs. Ce constat intervient dans un contexte où les États-Unis et la Chine investissent chaque année des dizaines de milliards de dollars dans la recherche et le déploiement de l'IA. La France, avec ses 655 millions, se trouverait ainsi dans une position de rattrapage, mais sans garantie de pouvoir rivaliser sur tous les segments technologiques. ## Des priorités à définir pour une stratégie cohérente ### La nécessité d'un ciblage sectoriel D'après des sources gouvernementales citées par le quotidien régional, ces fonds devraient prioritairement financer des projets de recherche appliquée et le développement d'infrastructures de calcul. Anne Laurent insiste sur l'importance de concentrer les efforts sur des domaines où la France dispose déjà d'avantages compétitifs, comme la santé, la défense ou l'énergie. "Il faut identifier les niches où nous pouvons exceller, plutôt que de vouloir concurrencer les GAFAM sur tous les terrains", a-t-elle expliqué. Cette approche reflète une tendance observée dans plusieurs pays européens, qui choisissent de spécialiser leurs investissements plutôt que de tenter une concurrence frontale avec les mastodontes américains. Le retard accumulé dans les infrastructures de calcul et la formation des talents spécialisés reste toutefois un obstacle majeur. ### Un enjeu de souveraineté nationale Au-delà de l'aspect financier, la question de la souveraineté technologique se pose avec acuité. Selon un rapport de la Cour des comptes publié en 2023, la France ne disposerait que de 3 % des capacités de calcul européennes, un chiffre jugé alarmant pour un pays qui ambitionne de jouer un rôle de premier plan dans l'IA. Les 655 millions annoncés par Sébastien Lecornu devraient notamment financer l'acquisition de supercalculateurs et la création de centres de données spécialisés. Par ailleurs, le gouvernement mise sur des partenariats public-privé pour amplifier l'impact de ces investissements. Des entreprises comme Mistral AI, start-up française spécialisée dans les modèles de langage, ou encore LightOn, figurent parmi les bénéficiaires potentiels de ces financements. Toutefois, sans une masse critique de chercheurs et d'ingénieurs formés, ces moyens financiers risquent de ne pas produire les effets escomptés. ## Un calendrier contraint par la compétition internationale ### La course contre la montre des acteurs français Le secteur de l'IA évolue à un rythme exponentiel, chaque mois apportant son lot de ruptures technologiques. Selon des experts interrogés par Midi Libre, la fenêtre de tir pour la France se réduit : si les investissements ne produisent pas de résultats visibles d'ici deux à trois ans, l'écart avec les leaders mondiaux pourrait devenir irréversible. Anne Laurent estime que "le temps n'est plus aux expérimentations, mais à l'action concrète et coordonnée". Cette urgence se heurte toutefois à la lourdeur administrative française et aux délais de mise en œuvre des projets publics. Le gouvernement a promis un déblocage rapide des fonds, mais les procédures de marché public et les appels à projets pourraient retarder leur déploiement effectif. ### Un contexte européen porteur mais encore fragile L'annonce de Sébastien Lecornu s'inscrit dans le cadre plus large de la stratégie européenne pour l'IA, qui prévoit des investissements massifs via le programme Horizon Europe et le plan de relance post-Covid. La France, en tant que deuxième économie de l'UE, se doit d'être un moteur dans ce domaine. Cependant, la fragmentation des efforts entre les États membres et l'absence d'un marché unique véritablement intégré pour les données et les services d'IA freinent la compétitivité européenne. Les 655 millions annoncés pourraient ainsi n'être qu'une première étape. Plusieurs voix s'élèvent déjà pour réclamer un plan d'investissement pluriannuel, à l'image de ce que font les États-Unis avec le CHIPS Act ou la Chine avec son plan "Next Generation AI". ## Des interrogations sur la stratégie globale du gouvernement Alors que VivaTech s'apprête à accueillir des milliers de startups et d'investisseurs du monde entier, cette annonce financière intervient dans un contexte de restrictions budgétaires pour d'autres secteurs de la recherche publique. Des syndicats de chercheurs ont fait part de leurs inquiétudes, estimant que l'IA ne doit pas se développer au détriment des autres disciplines scientifiques. Pour Anne Laurent, la clé du succès réside dans une articulation fine entre financement public, investissement privé et formation des talents. "L'argent seul ne fait pas une filière. Il faut une vision cohérente, des infrastructures adaptées et surtout, des cerveaux pour innover", a-t-elle conclu. Les 655 millions de Sébastien Lecornu pourraient bien n'être que le début d'un effort bien plus vaste, dont l'ampleur déterminera si la France parvient à transformer ses ambitions en leadership technologique.