Onyx Infos

La fin des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans dès la rentrée ? Les parlementaires doivent trouver un compromis

Une · · Par Claire BERNARD

La fin des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans dès la rentrée ? Les parlementaires doivent trouver un compromis

La fin des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans dès la rentrée ? Les parlementaires doivent trouver un compromis Députés et sénateurs se réunissent ce lundi

La fin des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans dès la rentrée ? Les parlementaires doivent trouver un compromis

Députés et sénateurs se réunissent ce lundi 20 juillet en commission mixte paritaire (CMP) pour tenter de sceller un compromis sur un texte majeur : l’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans. Le gouvernement souhaite un vote dès mardi, espérant une entrée en vigueur dès la rentrée prochaine. Cette mesure, portée par l'exécutif, cristallise les débats entre protection de l’enfance et libertés numériques.

Un texte sous haute tension politique

Selon des informations rapportées par Midi Libre, la CMP réunira une délégation de sept députés et sept sénateurs, chargée de trouver un terrain d’entente entre les versions adoptées par l’Assemblée nationale et le Sénat. Les divergences portent notamment sur l’âge minimal retenu (15 ans contre 13 ans dans certaines propositions sénatoriales), ainsi que sur les modalités de contrôle. Le gouvernement, par la voix de plusieurs ministres, a affirmé vouloir « protéger les mineurs des dérives des réseaux sociaux », en s’appuyant sur des études récentes sur l’impact de ces plateformes sur la santé mentale des adolescents. En effet, selon une enquête de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) citée par les services du Premier ministre, près de 30 % des jeunes de 12 à 15 ans déclarent avoir été confrontés à du cyberharcèlement ou à des contenus inappropriés. Cependant, des associations de défense des droits numériques, comme La Quadrature du Net, ont exprimé des réserves, estimant que cette mesure pourrait être « liberticide et difficilement applicable sans un contrôle disproportionné de l’identité des utilisateurs ».

Les mesures envisagées et leurs implications

Le compromis en discussion prévoirait plusieurs dispositions clés. D’abord, l’obligation pour les plateformes (telles que TikTok, Instagram, Snapchat ou X) de vérifier l’âge des utilisateurs via un système de double authentification ou de pièce d’identité numérique. Ensuite, la mise en place d’un « droit à l’effacement » des comptes créés avant l’âge légal. Enfin, des sanctions financières pour les réseaux qui ne respecteraient pas ces règles, pouvant aller jusqu’à 1 % de leur chiffre d’affaires mondial, selon des sources parlementaires. Toutefois, des interrogations persistent quant à la faisabilité technique d’un tel dispositif. Des experts en cybersécurité, interrogés par nos confrères, soulignent que les solutions de vérification d’âge actuelles sont souvent contournables et posent des problèmes de protection des données personnelles. Par ailleurs, l’application de cette loi aux plateformes étrangères, notamment celles basées hors d’Europe, pourrait s’avérer complexe sur le plan juridique.

Un calendrier serré pour la rentrée

Le gouvernement a fixé un calendrier ambitieux : un vote final au Parlement d’ici la fin de la semaine, suivi d’une promulgation avant la mi-août, pour une application dès la rentrée scolaire. Cette précipitation est justifiée par l’exécutif comme une réponse à l’urgence sanitaire et sociale, mais elle suscite des critiques au sein même de la majorité. Certains députés, sous couvert d’anonymat, ont confié à Midi Libre craindre que « le texte ne soit pas assez mûr » et que « son application précipitée ne crée plus de problèmes qu’elle n’en résout ». De plus, des questions budgétaires restent en suspens : le coût de la mise en place du système de contrôle, estimé à plusieurs millions d’euros par an, n’a pas encore été totalement fléché. Si le compromis est trouvé ce lundi, la France deviendrait l’un des premiers pays européens à imposer une interdiction aussi stricte, précédant de peu le Royaume-Uni et l’Allemagne, qui travaillent sur des législations similaires.

Vers une nouvelle régulation du numérique

Au-delà du texte lui-même, ce débat illustre une évolution profonde dans la perception des réseaux sociaux. Longtemps considérés comme des espaces de liberté et de socialisation, ils sont désormais perçus par une partie croissante de la classe politique comme des vecteurs de risques pour les plus jeunes. La commission mixte paritaire devra trancher sur des points sensibles, comme l’exemption pour les plateformes éducatives ou la gestion des comptes déjà existants. En cas d’échec des négociations, le texte pourrait être renvoyé pour une nouvelle lecture, repoussant son adoption à l’automne. Quoi qu’il en soit, cette initiative française pourrait faire jurisprudence au niveau européen, alors que la Commission prépare une révision du règlement sur les services numériques (DSA) pour renforcer la protection des mineurs. Le compromis de ce lundi sera donc scruté bien au-delà des frontières hexagonales.