La Data Room : "5,4 % = la croissance potentielle des États-Unis début 2030 grâce à l'IA selon Anthropic" - 14/09

La croissance potentielle des États-Unis pourrait atteindre 5,4 % au début des années 2030, sous l'effet de l'intelligence artificielle. C'est l'estimation avan
La croissance potentielle des États-Unis pourrait atteindre 5,4 % au début des années 2030, sous l'effet de l'intelligence artificielle. C'est l'estimation avancée par Anthropic et relayée par BFM Business dans son émission « La Data Room » du 14 septembre. Ce chiffre, s'il se confirme, marquerait une rupture majeure avec les tendances de long terme de l'économie américaine, dont la croissance potentielle est généralement estimée entre 1,8 % et 2,2 % par la Réserve fédérale et le Congressional Budget Office.
## Une estimation qui interpelle les économistes
Le chiffre de 5,4 % avancé par Anthropic dépasse largement les prévisions conventionnelles. Pour mémoire, la croissance potentielle désigne le rythme maximal qu'une économie peut soutenir sans générer de tensions inflationnistes, en mobilisant pleinement ses facteurs de production : travail, capital et productivité. Une telle accélération supposerait donc un choc de productivité massif, comparable — voire supérieur — à celui provoqué par l'électrification ou l'informatisation au XXe siècle. Plusieurs économistes rappellent toutefois que les gains de productivité liés aux technologies numériques ont mis des décennies à se matérialiser dans les statistiques agrégées.
## L'IA, moteur d'un nouveau cycle ?
L'argument avancé repose sur la capacité des modèles d'intelligence artificielle à automatiser des tâches cognitives jusqu'ici épargnées par la mécanisation. Selon cette thèse, les gains se concentreraient dans les services, la recherche, le conseil juridique ou encore la programmation — des secteurs à forte valeur ajoutée où la productivité stagnait. Les entreprises américaines ont déjà massivement investi dans ces technologies : les dépenses en infrastructures de calcul et en centres de données ont explosé ces derniers trimestres, portées par quelques grands acteurs technologiques. Reste à savoir si ces investissements se traduiront par des gains mesurables dans les comptes nationaux.
## Des réserves méthodologiques importantes
Plusieurs voix, y compris dans l'émission « Le Club » de BFM Business du même jour consacrée aux « alertes sur l'IA », invitent à distinguer la communication des entreprises du fait économique établi. Anthropic, éditeur de modèles d'IA, a un intérêt direct à promouvoir l'idée d'une révolution productive imminente. La prudence s'impose donc quant à la reprise de telles projections sans validation par des travaux académiques indépendants. Par ailleurs, le rythme d'adoption effectif par les entreprises, les goulets d'étranglement énergétiques et les questions réglementaires pourraient retarder sensiblement l'horizon annoncé.
## Un enjeu de politique économique
Si une telle accélération se matérialisait, elle bouleverserait les cadres d'analyse des banques centrales. Une croissance potentielle plus élevée autoriserait des taux directeurs plus hauts sans freiner l'activité, et modifierait l'équation budgétaire américaine. À l'inverse, un scénario décevant — gains concentrés sur quelques firmes sans diffusion à l'ensemble de l'économie — aggraverait les écarts de productivité entre grandes entreprises et PME. Le débat reste ouvert, et les prochains mois d'indicateurs macroéconomiques seront scrutés de près.
L'estimation d'Anthropic, spectaculaire, doit donc être lue comme une hypothèse ambitieuse plutôt que comme une prévision acquise. Elle a le mérite de poser une question centrale : l'IA sera-t-elle, oui ou non, le prochain grand moteur de la productivité américaine ?