La Chine produit tellement de cochons qu'elle les stocke dans des gratte-ciel: mais problème, les Chinois se sont mis à manger du poulet et les prix s'effondrent (révélateur des déséquilibres chinois)

# Porc en Chine : la surproduction massive plonge les prix dans l’abîme Les prix du porc ont atteint au printemps un niveau historiquement bas en Chine, conséqu
# Porc en Chine : la surproduction massive plonge les prix dans l’abîme
Les prix du porc ont atteint au printemps un niveau historiquement bas en Chine, conséquence d’une crise de surproduction sans précédent. Les immenses exploitations, notamment ces porcheries verticales de six étages érigées après une épidémie, produisent bien au-delà de ce que la demande intérieure peut absorber. Résultat : les ventes se font à perte, et ce déséquilibre structurel interroge sur la santé de l’économie chinoise.
## Une production dopée par les autorités, une demande qui flanche
Après l’épidémie de peste porcine africaine qui avait décimé les cheptels entre 2018 et 2020, Pékin a fortement incité les entreprises à reconstituer leurs capacités de production. Les subventions et les aides publiques ont encouragé la construction de méga-fermes, dont certaines s’élèvent sur plusieurs étages, à l’image de gratte-ciel dédiés à l’élevage porcin. L’objectif était de sécuriser l’approvisionnement d’un aliment central dans l’alimentation chinoise.
Mais ce pari a tourné court. La demande des ménages n’a pas suivi le rythme effréné de la production. Selon Darin Friedrichs, fondateur de Sitonia Consulting, un cabinet spécialisé sur l’agriculture chinoise interrogé par BFM Business, "compte tenu des prix actuels, les autorités estiment les pertes à 399 yuans par animal", soit environ 51 euros par bête. En avril, le prix au kilo du porc est tombé à son plus bas niveau depuis seize ans. Une légère remontée en mai n’a pas suffi à redresser la situation, d’autant que les perturbations liées au conflit au Moyen-Orient font grimper les coûts de production.
## Le “neijuan” : concurrence féroce et marges laminées
Cette crise n’est pas un simple accident de marché. Elle illustre un phénomène plus large que les Chinois appellent le "neijuan", ou "involution" en français, qui pourrait se traduire par "se recroqueviller". Incitées par le pouvoir central à produire toujours plus, les entreprises se livrent à une concurrence acharnée qui écrase les marges et tire les prix vers le bas. Le porc n’est qu’un exemple parmi d’autres de ce mécanisme.
La filière porcine pèse lourd dans l’indice des prix à la consommation chinois, même si son importance a été réduite en début d’année : elle représente désormais 1,9 % du total, contre 2,9 % jusqu’en 2020. Or, Pékin tente depuis des mois d’enrayer une tendance générale à la baisse des prix qui touche le pays depuis 2023. La surcapacité industrielle de la seconde puissance économique mondiale dépasse largement la capacité d’absorption des ménages chinois, dont la consommation reste atone.
## Des conséquences jusqu’en France
La crise porcine chinoise a des répercussions bien au-delà des frontières de l’Empire du Milieu. Les éleveurs français, qui exportent une partie de leur production vers la Chine, ressentent directement la pression. Avec des prix chinois au plus bas, les exportations deviennent moins compétitives, et les marges des producteurs européens se réduisent.
Par ailleurs, les habitudes alimentaires des Chinois évoluent. La consommation de poulet progresse, au détriment de celle du porc. Ce changement, encore modeste, pourrait s’accentuer à mesure que les jeunes générations adoptent des régimes plus variés et que les préoccupations sanitaires ou environnementales gagnent du terrain. Pour les éleveurs chinois, l’équation devient insoluble : produire moins serait contraire aux injonctions gouvernementales, mais continuer à produire autant les enfonce dans des pertes abyssales.
## Un signal d’alarme pour l’économie chinoise
La crise du porc n’est pas un phénomène isolé. Elle révèle les déséquilibres profonds de l’économie chinoise, où la planification centralisée pousse à une surproduction que la demande intérieure ne peut pas éponger. Le gouvernement peine à réorienter son modèle de croissance, et les ménages, prudents dans leurs dépenses, ne jouent pas leur rôle de moteur. Si la situation perdurait, elle pourrait peser sur l’emploi et la rentabilité de tout un secteur, avec des conséquences en cascade sur la filière agroalimentaire mondiale.