La Chine en a un qui peut foncer à 800 km/h, le Japon veut le sien à 60 milliards d'euros: les trains Maglev qui "flottent" au-dessus des rails vont-ils finir par remplacer nos bons vieux TGV?

La Chine intensifie ses essais de trains à sustentation magnétique avec des prototypes atteignant des pointes à 800 km/h, tandis que le Japon s'apprête à invest
La Chine intensifie ses essais de trains à sustentation magnétique avec des prototypes atteignant des pointes à 800 km/h, tandis que le Japon s'apprête à investir 60 milliards d'euros dans une liaison Tokyo-Osaka. Cette technologie, qui fait "flotter" les rames au-dessus des voies grâce aux forces magnétiques, relance le débat sur l'avenir des trains à grande vitesse classiques comme le TGV. Pourtant, selon plusieurs experts du secteur ferroviaire, son coût et sa consommation énergétique pourraient constituer un frein majeur à son déploiement en Europe.
## Une technologie centenaire qui trouve enfin sa vitesse de croisière
Le principe du Maglev n'a rien de récent. Mis au point dans les années 1960-1970, il repose sur la supraconductivité : les rames sont équipées d'aimants supraconducteurs tandis que les voies intègrent des électroaimants. Un courant induit dans la voie permet au train de s'élever d'environ 10 centimètres au-dessus des rails. En supprimant les frottements, cette innovation autorise des vitesses commerciales théoriques supérieures à 400 ou 500 km/h, contre 320 km/h pour les TGV français actuels.
Les premiers prototypes ont été testés dès les années 1990, mais c'est véritablement au cours des deux dernières décennies que la technologie a gagné du terrain en Asie. La Chine exploite d'ailleurs un Maglev commercial depuis 2004 entre le centre-ville de Shanghai et son aéroport international, sur un tronçon de 30 kilomètres parcouru à 431 km/h. Le pays multiplie désormais les essais avec des prototypes atteignant des accélérations et des vitesses record, comme en témoignent les récents essais à 800 km/h rapportés par plusieurs médias internationaux.
## Le Japon mise sur le Chuo Shinkansen malgré un coût colossal
De son côté, le Japon prépare le lancement du Chuo Shinkansen, une ligne Maglev reliant Tokyo à Osaka à une vitesse commerciale de 500 km/h. Ce projet, dont le budget est estimé à 60 milliards d'euros, illustre l'ambition nippone de maintenir sa position de leader technologique dans le ferroviaire. Japan Railways, l'opérateur historique, a déjà réalisé plusieurs démonstrations publiques de ses rames à sustentation magnétique, suscitant l'intérêt des visiteurs du Musée des sciences et de la technologie du Shandong en Chine, où une maquette capable d'atteindre 600 km/h a été présentée le 24 mai 2025.
Sur le papier, le Maglev promet un saut quantique dans le transport ferroviaire. En éliminant les pertes d'énergie liées aux frottements mécaniques, il pourrait offrir des temps de parcours considérablement réduits entre les grandes métropoles. La liaison Paris-Lyon, actuellement effectuée en deux heures par TGV, pourrait ainsi être ramenée à environ une heure trente. Les gains de productivité pour les voyageurs d'affaires comme pour le fret seraient potentiellement majeurs, sans compter la réduction des émissions de carbone par passager-kilomètre par rapport à l'avion sur les trajets moyens courriers.
## Un coût d'infrastructure jugé prohibitif pour l'Europe
Reste que la facture fait frémir. Selon les données rapportées par BFM Business, le projet japonais nécessite un investissement de 60 milliards d'euros pour environ 286 kilomètres de ligne, soit un coût au kilomètre dépassant largement celui des lignes à grande vitesse classiques. Les experts interrogés par la chaîne française soulignent que cette technologie est "bien trop coûteuse et énergivore pour avoir une chance d'exister en Europe". La construction de voies dédiées, équipées d'électroaimants sur toute leur longueur, représente en effet un défi technique et financier considérable, d'autant que les infrastructures existantes ne peuvent pas être réutilisées.
La consommation électrique des Maglev constitue un autre point de friction. Si la sustentation magnétique élimine les frottements mécaniques, elle requiert en revanche une alimentation continue des électroaimants sur l'intégralité du parcours, ce qui génère une consommation énergétique substantielle. À l'heure où les réseaux ferroviaires européens cherchent à réduire leur empreinte carbone, ce paramètre pourrait peser lourd dans la balance. Certains experts estiment néanmoins que les gains de vitesse et de capacité pourraient compenser ces surcoûts sur des liaisons à très fort trafic.
## Quel avenir pour le TGV face à la montée du Maglev ?
La question de la cohabitation entre ces deux technologies reste ouverte. Les constructeurs historiques comme Alstom ou Siemens continuent d'investir dans l'amélioration des trains à grande vitesse classiques, misant sur l'optimisation énergétique et la réduction des coûts d'exploitation. Parallèlement, les avancées chinoises et japonaises dans le domaine du Maglev pourraient, à terme, faire baisser les coûts de production et rendre la technologie plus accessible. La Chine, qui dispose déjà du plus vaste réseau à grande vitesse du monde, pourrait être tentée d'expérimenter le Maglev sur de nouvelles liaisons interurbaines, comme elle l'a fait avec son prototype à 800 km/h.
Le déploiement du Maglev en Europe semble toutefois conditionné à une baisse significative des coûts d'infrastructure et à une démonstration convaincante de sa viabilité économique sur le long terme. Les projets japonais et chinois serviront de laboratoires grandeur nature pour évaluer ces paramètres. D'ici là, le TGV et ses équivalents européens conservent leurs atouts : des infrastructures existantes, des coûts maîtrisés et une intégration éprouvée dans les réseaux nationaux. La transition vers le Maglev, si elle doit avoir lieu, s'annonce progressive et dépendra autant des avancées technologiques que des arbitrages politiques et budgétaires des États concernés.