La Chine pesait 18 fois moins que l'Europe, elle en fera le double en 2050: comment Xi Jinping veut devenir le chef d’orchestre du Sud global

# La Chine, futur poids lourd économique : Xi Jinping à la manœuvre pour incarner le "Sud global" Le sommet de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS) q
# La Chine, futur poids lourd économique : Xi Jinping à la manœuvre pour incarner le "Sud global"
Le sommet de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS) qui s'est tenu à Bichkek, au Kirghizistan, fin août 2025, a offert une image saisissante : celle de Xi Jinping entouré de Vladimir Poutine, Narendra Modi, du président iranien et des dirigeants d'Asie centrale. Une photographie que Pékin entend utiliser comme vitrine d'un ordre alternatif à l'Occident, alors que le rapport de force économique mondial a été bouleversé en une génération. En 1990, l'économie européenne pesait près de 18 fois celle de la Chine ; aujourd'hui, elles sont quasiment équivalentes, et les projections pour 2050 annoncent une Europe qui ne représenterait plus que la moitié du PIB chinois.
## Une bascule économique spectaculaire en trente ans
Les chiffres racontent une transformation historique. Selon les données évoquées lors de ce sommet, l'économie européenne était, en 1990, près de dix-huit fois supérieure à celle de la Chine. Trois décennies plus tard, les deux économies se situent désormais à un niveau comparable. Cette convergence s'explique par une croissance chinoise soutenue, portée par une industrialisation massive et une intégration progressive dans les chaînes de valeur mondiales.
L'Inde connaît une trajectoire similaire, quoique plus récente. Le pays forme désormais un nombre croissant d'ingénieurs et s'affirme comme un pôle technologique majeur. Singapour, de son côté, s'est imposée comme l'une des principales places financières internationales. Ces évolutions combinées ont considérablement accru le poids de l'Asie dans l'économie mondiale, au détriment relatif de l'Europe.
Les projections pour 2050 confirment cette tendance de fond. Selon les estimations évoquées, l'Europe pourrait ne plus peser que la moitié de la Chine à cet horizon. Un basculement qui, s'il se confirme, aurait des implications majeures en termes de pouvoir de négociation, de capacité d'influence et de définition des normes économiques internationales.
## L'OCS, vitrine d'un ordre alternatif ?
Pour le 25e sommet de l'OCS, Xi Jinping a clairement cherché à capitaliser sur cette dynamique. Les pays réunis au sein de cette organisation représentent environ 40% de la population mondiale, un poids démographique considérable qui donne à l'ensemble une légitimité numérique face aux institutions occidentales.
L'organisation, qui regroupe notamment la Chine, la Russie, l'Inde, le Pakistan et plusieurs républiques d'Asie centrale, se présente comme un espace de coopération alternatif aux mécanismes dominés par les États-Unis et l'Europe. La présence de Vladimir Poutine et de Narendra Modi aux côtés de Xi Jinping renforce cette lecture d'un front commun face à l'Occident.
Toutefois, cette image d'unité mérite d'être nuancée. Les fractures internes restent nombreuses au sein du "Sud global". Les rivalités historiques entre l'Inde et la Chine, les tensions en Asie centrale, ou encore les divergences d'intérêts économiques entre pays exportateurs de matières premières et nations industrialisées limitent la portée d'un discours commun.
## Pékin face au défi de l'offre alternative
Derrière l'ambition affichée, Pékin est encore loin de pouvoir offrir ce que les États-Unis avaient construit après 1945. Le système de Bretton Woods, le plan Marshall et les alliances militaires avaient établi une architecture internationale complète, adossée à une puissance économique et militaire incontestée.
La Chine dispose certes d'atouts considérables : près des deux tiers du commerce maritime international passent par les routes qui longent ses côtes, et sa production industrielle demeure la première au monde. Les investissements chinois dans les infrastructures, notamment à travers les nouvelles routes de la soie, constituent un levier d'influence non négligeable.
Mais l'offre chinoise reste partielle. Elle ne propose pas encore de système monétaire international alternatif, de mécanismes de résolution des conflits reconnus, ni de modèle de gouvernance mondiale susceptible de séduire durablement l'ensemble du "Sud global". Les contradictions entre le discours de Pékin et ses pratiques commerciales ou diplomatiques sont régulièrement soulignées par les observateurs.
## Une recomposition en cours, des incertitudes persistantes
La trajectoire économique de la Chine illustre une recomposition profonde de l'économie mondiale. En une génération, le rapport de force entre l'Europe et l'Asie s'est inversé, et les projections pour 2050 suggèrent que ce mouvement devrait se poursuivre.
Reste que la capacité de Xi Jinping à incarner un leadership du "Sud global" dépendra de sa faculté à surmonter les divisions internes à cet ensemble hétérogène, et à proposer une alternative crédible aux institutions existantes. La photographie de Bichkek, pour spectaculaire qu'elle soit, ne dit rien des négociations complexes qui se poursuivent en coulisses. Le chemin vers un ordre mondial véritablement multipolaire demeure semé d'obstacles, et la Chine, malgré son poids économique retrouvé, n'a pas encore démontré sa capacité à fédérer durablement les aspirations du Sud global.