Onyx Infos

"La boue, c'est de l'or noir": privés de gaz et d'engrais à cause du blocage du détroit d'Ormuz, des Indiens trouvent des alternatives et cuisinent à la bouse de vache sacrée

Economie · · Par Julie MOREAU

Titre : "La boue, c'est de l'or noir" : face aux pénuries de gaz et d'engrais, des agriculteurs indiens se tournent vers la bouse de vache sacrée La situation é

Titre : "La boue, c'est de l'or noir" : face aux pénuries de gaz et d'engrais, des agriculteurs indiens se tournent vers la bouse de vache sacrée

La situation énergétique en Inde est devenue alarmante, surtout depuis le 2 mai 2026, date à laquelle le blocage du détroit d'Ormuz a sérieusement perturbé l'approvisionnement en gaz naturel liquéfié (GNL). Avec environ 60 % des besoins en GNL du pays transitant par cette voie maritime cruciale, la crise s’est intensifiée. Les agriculteurs, en particulier dans les zones rurales, se retrouvent face à des pénuries qui compliquent leur quotidien. Cependant, l'innovation et la tradition se rejoignent ici, car certains d'entre eux découvrent des alternatives inattendues : la production de biogaz à partir de bouses de vache.

Gauri Devi, une agricultrice de 25 ans vivant dans le village de Nekpur, près de New Delhi, témoigne de ce changement. Elle a installé un réchaud fonctionnant grâce au biogaz produit par son méthaniseur, un dispositif soutenu par le gouvernement indien. "On peut tout préparer avec," déclare-t-elle, exprimant la satisfaction de pouvoir cuisiner malgré la crise. Cette solution devient un élément vital pour elle et sa famille, démontrant comment des méthodes anciennes peuvent prendre une nouvelle dimension en temps de crise.

La réalité sur le terrain semble parfois en décalage avec les déclarations officielles du gouvernement, qui assure qu'il n'y a pas de pénurie de gaz. En effet, de nombreux habitants doivent faire la queue pendant des heures pour obtenir une bonbonne de gaz, tandis que le marché noir se développe. Cette situation a rendu l'innovation encore plus cruciale pour les agriculteurs.

Pramod Singh, un autre agriculteur, partage son expérience en utilisant son unité de biogaz depuis 2025. Il souligne l'importance de ces installations pour gérer les déchets, en déclarant : "Le fumier est vraiment excellent." Les boues résiduelles issues de la production de biogaz servent également d'engrais, permettant de boucler le cycle de production alimentaire tout en réduisant les déchets agricoles.

Cette dynamique s'inscrit dans la continuité des efforts gouvernementaux depuis les années 1980, avec la subvention de plus de cinq millions de méthaniseurs. Ce soutien est désormais plus pertinent que jamais, compte tenu des tensions géopolitiques qui impactent les approvisionnements énergétiques.

Au-delà de la simple réponse à une crise énergétique, l'utilisation de bouses de vache pour produire du biogaz s'inscrit dans une démarche plus large de durabilité environnementale. En valorisant les déchets agricoles, cette pratique contribue à réduire la pollution et à promouvoir des méthodes de culture respectueuses de l'environnement. Ainsi, l'Inde ne se contente pas de réagir à une urgence immédiate, mais amorce un changement durable dans ses pratiques agricoles.

Les initiatives de Gauri Devi et Pramod Singh illustrent une résilience collective face à des défis considérables. En alliant tradition et innovation, ces agriculteurs montrent qu'il est possible d'innover dans des situations difficiles. Leur capacité à s'adapter non seulement à une crise ponctuelle, mais aussi à une transition vers une agriculture plus autonome et durable, est un exemple inspirant.

Le gouvernement indien prévoit également d'annoncer, le 15 juin 2026, une nouvelle stratégie sur l'énergie renouvelable. Cette initiative pourrait renforcer le soutien aux projets de biogaz, favorisant ainsi l'émergence de solutions alternatives dans un pays en quête de durabilité face aux défis contemporains.