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L'usine ultra-moderne de 45.000 m² est devenue une friche industrielle en 5 ans: le patron de Bpifrance se défend d'être un "branquignole" d'avoir investi 148 millions d'euros d'argent public dans l'élevage d'insectes

Economie · · Par Julie MOREAU

L'usine ultra-moderne de 45.000 m² est devenue une friche industrielle en 5 ans: le patron de Bpifrance se défend d'être un

L'Usine Ultra-Modernes de Ynsect : Une Déroute Éclair en Cinq Ans La liquidation de l'entreprise Ynsect, spécialisée dans la production de protéines et d'engrai

L'Usine Ultra-Modernes de Ynsect : Une Déroute Éclair en Cinq Ans La liquidation de l'entreprise Ynsect, spécialisée dans la production de protéines et d'engrais à base d'insectes, a suscité une onde de choc dans le paysage économique français. Liquidée en décembre 2025, cette usine de 45.000 m², qui avait été présentée comme un modèle de la réindustrialisation française, est devenue une friche industrielle en l'espace de cinq ans. Avec un investissement public de 148 millions d'euros, la question de la viabilité des projets soutenus par l'État se pose avec acuité. Ynsect, qui se vantait d'être le "leader mondial" dans son domaine, a vu ses ambitions s’effondrer malgré un contexte initial prometteur. En mai 2021, lors de l'inauguration de l'usine à Poulainville, près d'Amiens, des figures politiques de premier plan, dont Barbara Pompili, alors ministre de la Transition écologique, et Julien Denormandie, ministre de l'Agriculture, avaient salué cette initiative comme un exemple à suivre pour l'économie locale. À cette époque, la création d'une telle industrie dans une région marquée par les difficultés de l'usine Goodyear était perçue comme un signe positif pour l'emploi et l'innovation. Cependant, le rêve s'est rapidement transformé en désillusion. À peine quatre ans après son inauguration, Ynsect a perdu l'essentiel de ses salariés, et son PDG, Antoine Hubert, a dû faire face à un constat amer : l'entreprise, qui avait bénéficié d'un soutien financier massif, n'a pas réussi à s'imposer sur le marché. La situation a été décrite par Hadrien Godard, représentant des salariés licenciés en octobre 2025, comme "malheureuse", soulignant le fait que "énormément d'argent public" avait été engagé dans ce projet. Le soutien public à des entreprises émergentes comme Ynsect pose la question de la stratégie de réindustrialisation adoptée par l'État. Loin d'être un cas isolé, cette situation met en lumière les risques associés à l'investissement dans des start-ups fragiles. Selon un rapport de France Stratégie publié en 2022, 90% des start-ups échouent dans les trois premières années de leur création. Cette statistique soulève des interrogations sur l'efficacité des politiques publiques visant à encourager l'innovation et à revitaliser l'industrie française. Le patron de Bpifrance, la banque publique d'investissement, a récemment défendu l'engagement de son institution dans des projets comme celui de Ynsect, affirmant qu'il n'était pas un "branquignole" pour avoir investi dans l'élevage d'insectes. Il a souligné que des investissements dans des secteurs innovants sont essentiels pour la transition économique, même si cela implique parfois des échecs. Toutefois, cet argument se heurte à la réalité des pertes financières et des emplois perdus. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : Ynsect avait réussi à lever environ 148 millions d'euros entre 2012 et 2025, une somme conséquente qui aurait pu susciter de grands espoirs. Pourtant, malgré ces investissements, l'entreprise n'a pas su se stabiliser sur un marché concurrentiel dominé par des acteurs plus établis. Le modèle économique basé sur la production de protéines à partir d'insectes, bien que prometteur en termes de durabilité et d'impact environnemental, n'a pas réussi à convaincre suffisamment de clients pour assurer la pérennité de l'entreprise. En outre, les enjeux environnementaux liés à la production animale et végétale traditionnelle ont renforcé l'intérêt pour des solutions alternatives comme celles proposées par Ynsect. Cependant, la transition vers ce modèle nécessite des investissements à long terme et une patience que le marché actuel ne semble pas toujours accorder. L'échec d'Ynsect soulève également des questions sur la gestion des fonds publics et la manière dont ils sont attribués. Des voix s'élèvent pour demander une refonte des critères d'évaluation des projets financés par l'État, afin de mieux anticiper les risques et d'éviter des pertes financières importantes. L'urgence de revoir ces mécanismes devient chaque jour plus pressante, alors que d'autres projets similaires pourraient également se heurter à des réalités difficiles. En conclusion, la liquidation de Ynsect et la perte de centaines d'emplois interrogent la stratégie de réindustrialisation, notamment en matière de soutien à des entreprises encore fragiles. L'avenir des investissements publics dans l'innovation dépendra de la capacité des décideurs à tirer des leçons de cet échec, tout en continuant à encourager des initiatives qui pourraient contribuer à une économie plus durable. La réindustrialisation ne peut pas se faire au prix de l'irresponsabilité financière, et le chemin vers la croissance économique doit se faire avec prudence et discernement.