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"L’urgence, désormais, c’est de démarrer": Sébastien Lecornu a inauguré l’usine de fusées réutilisables MaiaSpace et prévient que la France "joue gros"

Economie · · Par Julie MOREAU

La France spatiale joue son va-tout industriel dans l'Eure. Sébastien Lecornu a officiellement lancé vendredi les travaux de l'usine de fusées réutilisables Mai

La France spatiale joue son va-tout industriel dans l'Eure. Sébastien Lecornu a officiellement lancé vendredi les travaux de l'usine de fusées réutilisables MaiaSpace à Vernon, exhortant la filiale d'ArianeGroup à accélérer son calendrier face à la domination écrasante de SpaceX. Une inauguration qui intervient dans un contexte budgétaire tendu et alors que l'Europe spatiale cherche désespérément un second souffle. ### Un « signal politique fort » pour une filière en retard Le ministre des Armées, également Premier ministre, n'a pas mâché ses mots en posant la première pierre du site normand. « L'urgence, désormais, c'est de démarrer », a-t-il lancé, parce qu'« on joue gros », sans « avance sur les grands compétiteurs ». Une mise en garde appuyée par une métaphore climatique : « les nuages sont quand même plutôt noirs et nombreux au-dessus des politiques spatiales européennes ». Ces déclarations, rapportées par BFM Business, ont été prononcées aux côtés des dirigeants d'ArianeGroup, Christophe Bruneau, de MaiaSpace, Yohann Leroy, et du président de la région Normandie, Hervé Morin. Le choix de Vernon, ville natale du ministre, n'est pas anodin : le site doit incarner la renaissance industrielle française dans un secteur où chaque année de retard se paie cash. ### Un outil industriel calibré pour la réutilisation L'usine, qui doit s'étendre sur 12.000 mètres carrés à terme, produira des composants de fusées destinés à être transportés vers Le Havre, puis expédiés en Guyane française. MaiaSpace s'est vu attribuer le pas de tir auparavant occupé par les Soyouz russes à Kourou, symbole fort du repositionnement stratégique européen. L'entreprise, qui emploie plus de 400 personnes contre une vingtaine à sa création en 2022, prévoit de fabriquer à partir de 2032 une vingtaine d'étages supérieurs par an, consommés à chaque mission, ainsi qu'un nombre variable d'étages principaux selon le taux de récupération par barge. Pour accélérer les procédures, la start-up bénéficiera de la « méthode Notre-Dame », une simplification administrative inspirée de la reconstruction de la cathédrale parisienne. ### Un calendrier repoussé qui interroge Le chemin reste toutefois semé d'embûches. Initialement espéré en 2025, le premier lancement est désormais programmé au second semestre 2027. Un glissement qui illustre les défis techniques d'un secteur où SpaceX, fondé par Elon Musk, fait figure d'étalon-or avec des fusées réutilisables opérationnelles depuis 2015. MaiaSpace, talonnée par des concurrents européens, croit néanmoins en sa capacité à combler l'écart. Selon Yohann Leroy, la récupération des étages principaux par barge constituera le pivot de la compétitivité du projet. L'enjeu dépasse la simple prouesse technologique : il s'agit de préserver la souveraineté européenne en matière d'accès à l'espace, un domaine devenu critique pour la défense, les télécommunications et l'observation de la Terre. ### Un pari industriel sous tension budgétaire Le discours volontariste du ministre intervient dans un contexte où les finances publiques sont scrutées au centime près. Le soutien de l'État à ce projet est un signal fort, mais la pression est réelle : chaque mois de retard supplémentaire creuse l'écart avec les compétiteurs américains et renforce les doutes sur la capacité européenne à exister sur ce marché. L'inauguration de Vernon marque une étape symbolique, mais le véritable test sera le décollage de 2027. D'ici là, les équipes de MaiaSpace devront transformer l'essai industriel en succès orbital, sous l'œil vigilant d'un État qui a clairement affiché ses ambitions et ses inquiétudes.