Onyx Infos

L’Islande tranche par référendum le dilemme d’un rapprochement avec l’Union européenne

Une · · Par Claire BERNARD

L’Islande tranche par référendum le dilemme d’un rapprochement avec l’Union européenne

Les électeurs islandais sont appelés aux urnes ce samedi pour un référendum consultatif sur la réouverture de négociations d’adhésion à l’Union européenne, un s

Les électeurs islandais sont appelés aux urnes ce samedi pour un référendum consultatif sur la réouverture de négociations d’adhésion à l’Union européenne, un scrutin qui pourrait redéfinir la trajectoire européenne de cette nation insulaire de 390 000 habitants. Selon des informations rapportées par Le Figaro, le camp du « oui » bénéficierait d’une avance courte mais réelle dans les sondages, crédité de 51,3 % des intentions de vote dans la dernière enquête Maskina publiée mardi. ### Un référendum sous le signe de la prudence gouvernementale La première ministre islandaise, Kristrun Frostadottir, plus jeune cheffe de gouvernement de l’histoire du pays, mène une campagne mesurée, loin des envolées lyriques pro-européennes. Lors du dernier rassemblement de campagne organisé mercredi soir dans une salle de concert de Reykjavik, aucun drapeau européen n’était visible, selon les envoyés spéciaux du quotidien français. La scénographie dépouillée et les drapeaux nationaux à profusion traduisent la stratégie prudente d’une dirigeante qui invite ses compatriotes à « bousculer leurs réflexes insulaires » sans pour autant promettre une adhésion rapide. « Nous autres Islandais savons naviguer en eaux troubles », aurait déclaré la première ministre lors de son ultime prise de parole, appelant ses concitoyens à « viser haut » et à « rechercher un bon accord pour l’Islande ». Cette rhétorique pragmatique semble conçue pour rassurer une population traditionnellement méfiante à l’égard de Bruxelles, tout en laissant ouverte la possibilité d’un rapprochement négocié. ### Un électorat profondément divisé sur les bénéfices de l’intégration Le scrutin de ce samedi intervient dans un climat d’incertitude marqué, les Islandais restant « très partagés sur les avantages et les inconvénients d’un arrimage au continent », comme le souligne le reportage du Figaro. La question de la souveraineté nationale, particulièrement sensible dans un pays qui a obtenu son indépendance complète du Danemark seulement en 1944, se heurte aux considérations économiques liées à l’accès au marché unique européen. Les partisans du « non » mettent en avant la préservation des secteurs clés de l’économie islandaise, notamment la pêche, dont les quotas pourraient être renégociés dans le cadre d’une adhésion. Les défenseurs du « oui », quant à eux, souligneraient les bénéfices potentiels d’une intégration en matière de stabilité monétaire et d’investissements étrangers, dans un pays qui a connu une grave crise financière en 2008 et qui n’est toujours pas membre de la zone euro. ### Un précédent historique qui pèse sur le scrutin Ce référendum fait écho à une tentative avortée d’adhésion entre 2009 et 2013, lorsque le gouvernement islandais avait engagé des négociations avec Bruxelles avant de les suspendre unilatéralement. Selon des observateurs cités par le quotidien français, cette expérience passée nourrit le scepticisme d’une partie de l’électorat, qui craint qu’un nouveau processus ne débouche sur des années de négociations sans issue garantie. Par ailleurs, la question de la sécurité européenne s’invite dans le débat, l’Islande étant membre fondateur de l’OTAN mais dépourvue d’armée nationale. La guerre en Ukraine et la recomposition des alliances européennes pourraient influencer les électeurs les plus sensibles aux considérations géopolitiques, bien que le référendum de ce samedi ne porte que sur l’ouverture de négociations et non sur une adhésion immédiate. ### Un résultat incertain aux implications européennes Les bureaux de vote ont ouvert à 9 heures ce matin et fermeront à 22 heures, selon les informations disponibles. Les premiers résultats sont attendus dans la nuit de samedi à dimanche. Le scrutin est consultatif, ce qui signifie que le gouvernement islandais ne serait pas juridiquement tenu de suivre le verdict des urnes, bien qu’un rejet massif de la réouverture des négociations rendrait politiquement difficile toute nouvelle tentative dans un avenir proche. En cas de victoire du « oui », l’Islande pourrait déposer une nouvelle demande d’adhésion auprès de la Commission européenne, ouvrant potentiellement un processus de plusieurs années. Les observateurs notent toutefois que l’Union européenne, engagée dans l’élargissement vers les Balkans occidentaux et l’Ukraine, pourrait ne pas accorder la priorité à un dossier islandais. Le résultat de ce scrutin, quel qu’il soit, enverra néanmoins un signal clair sur l’avenir de l’intégration européenne dans la région nordique, alors que la Norvège observe également de loin les évolutions institutionnelles de Bruxelles.