Onyx Infos

L’Islande, ce pays sans armée en première ligne face à la Russie

Une · · Par Claire BERNARD

L’Islande, ce pays sans armée en première ligne face à la Russie

À quelques encablures de l’aéroport international de Reykjavik, l’Islande déroule son décor de bout du monde, des champs de lave noire figée recouverts de mouss

À quelques encablures de l’aéroport international de Reykjavik, l’Islande déroule son décor de bout du monde, des champs de lave noire figée recouverts de mousse et sans le moindre arbre à l’horizon. Une ligne qui vient soudain se briser sur les silhouettes des « Seabees », le corps d’ingénierie de la marine américaine. Au milieu de ce paysage lunaire, une dizaine de marins s’entraînent autour de Patterson Field, ancien aérodrome militaire laissé à l’abandon depuis plusieurs décennies. Le contexte géopolitique a replacé l’Islande au cœur du jeu, comme le rapporte Le Figaro dans une enquête publiée le 28 août 2026. ## Un avant-poste stratégique sans armée propre L’Islande, membre fondateur de l’OTAN, constitue un maillon essentiel du dispositif de l’Alliance atlantique dans l’Atlantique Nord. Pourtant, ce pays de près de 400 000 habitants ne dispose d’aucune armée permanente. Selon des informations rapportées par Le Figaro, la défense du territoire islandais repose entièrement sur les États-Unis, dans le cadre d’un accord bilatéral de défense signé en 1951. Cette dépendance, assumée pendant la guerre froide, se révèle aujourd’hui d’autant plus problématique que les tensions avec la Russie se sont considérablement accrues dans la région arctique. En effet, la position géographique de l’île, située entre l’Amérique du Nord et l’Europe, en fait un verrou stratégique pour le contrôle des voies maritimes reliant les océans Atlantique et Arctique. Les eaux islandaises constituent également une zone de transit majeure pour les sous-marins russes qui rejoignent l’Atlantique depuis la péninsule de Kola. Selon des sources militaires citées par le quotidien français, cette route représente un enjeu capital pour la dissuasion nucléaire russe, ce qui confère à l’Islande une importance disproportionnée au regard de sa taille modeste. ## L’exercice Northern Viking au cœur du dispositif Dans le cadre de « Northern Viking » (Viking du Nord), exercice biennal de l’OTAN destiné à éprouver la capacité de l’Alliance à « tenir » l’Atlantique Nord en cas de conflit, les soldats américains s’entraînent à remettre une piste en état en quelques heures. Bulldozer et bétonnière se succèdent autour des cratères ; l’objectif est de « garantir la résilience des infrastructures critiques », explique l’Alliance. Patterson Field, première installation militaire américaine en Islande, aurait été construite au début des années 1940, selon les éléments rapportés par les envoyés spéciaux du Figaro, Louis Dubar et Victor Di Bartolo. Cet exercice revêt une importance particulière dans le contexte actuel. Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, l’OTAN a considérablement renforcé sa présence sur son flanc nord. L’Islande, bien que dépourvue de forces armées, participe activement à ces manœuvres en mettant à disposition ses infrastructures civiles et militaires. Les autorités islandaises pourraient également jouer un rôle croissant dans la surveillance aérienne et maritime de la zone, en complément des moyens déployés par les Alliés. Toutefois, cette coopération accrue ne saurait se substituer à une capacité de défense propre, ce qui place Reykjavik dans une position de vulnérabilité potentielle. ## Une dépendance américaine questionnée La dépendance islandaise à l’égard des États-Unis soulève des interrogations croissantes au sein de la classe politique locale. Selon des informations rapportées par Le Figaro, un référendum sur un éventuel rapprochement avec l’Union européenne aurait récemment été organisé, témoignant d’une volonté de diversification des alliances stratégiques. Cependant, aucune option alternative crédible ne semble émerger à court terme pour garantir la sécurité du territoire islandais. Par ailleurs, le réchauffement climatique transforme progressivement l’Arctique en une zone de compétition économique et militaire accrue. La fonte des glaces ouvre de nouvelles routes maritimes et rend accessibles d’importantes ressources naturelles, attisant les convoitises des puissances riveraines, dont la Russie. Dans ce contexte, l’Islande pourrait voir son rôle stratégique encore renforcé dans les prochaines années, sans pour autant disposer des moyens militaires nécessaires pour peser dans ce rapport de force. Le pays semble ainsi condamné à naviguer entre sa position géographique incontournable et sa capacité de défense limitée, une équation dont l’issue pourrait déterminer l’équilibre sécuritaire de tout l’Atlantique Nord.