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L'insécurité en Colombie,  entre la peur du narcotrafic et l'espoir d'une reprise en main

Monde · · Par Claire BERNARD

L'insécurité en Colombie,  entre la peur du narcotrafic et l'espoir d'une reprise en main

La Colombie amorce ce vendredi 7 août 2026 un tournant sécuritaire avec la prise de fonction d'Abelardo de la Espriella, avocat d'extrême droite, à la présidenc

La Colombie amorce ce vendredi 7 août 2026 un tournant sécuritaire avec la prise de fonction d'Abelardo de la Espriella, avocat d'extrême droite, à la présidence du pays. Celui qui succède à Gustavo Petro a bâti sa campagne sur une promesse centrale : une lutte plus ferme contre les groupes armés et les narcotrafiquants qui ensanglantent les zones rurales. Dans ce contexte, les attentes des habitants des régions meurtries par la violence demeurent considérables, comme en témoigne la situation à Betulia, dans le département d'Antioquia, où la peur et l'espoir d'une reprise en main de l'État se côtoient. ## Une ville caféière sous tension Betulia, petite municipalité du nord-ouest de la Colombie, est nichée au milieu de collines couvertes de caféiers. Sur la place principale, tout juste rénovée, de nouvelles cabanes servent désormais de points de vente, et une sculpture proclamant « J'aime Betulia », cœur inclus, est prisée pour les photos souvenirs. Ce décor paisible contraste pourtant avec une réalité bien plus sombre. Selon les informations rapportées par RFI, la ville est depuis plusieurs années le théâtre d'une guerre de territoire entre deux bandes criminelles : le Gang du 20-Juillet et le Clan del Golfo, considéré comme le plus puissant groupe de narcotrafiquants du pays. Jaime De Jesus Muñoz Ruiz, président de l'action communale de Betulia, décrit un quartier populaire et pauvre, El Nariño, où se concentrent la vente et la consommation de drogue. Dans son témoignage recueilli par notre consœur Najet Benrabaa, il évoque une période où « sans exagérer, on comptait un mort, parfois deux, chaque semaine ». Ce récit, entrecoupé de larmes, illustre l'ampleur du traumatisme vécu par les habitants de cette région d'Antioquia, longtemps connue pour ses problèmes de violence liés au narcotrafic. ## La fermeture d'une école, symbole d'une insécurité persistante La situation a récemment franchi un seuil critique avec la fermeture d'une école de Betulia, il y a quelques semaines, afin de garantir la sécurité des enfants. Cet événement, rapporté par RFI, témoigne de l'emprise territoriale des groupes criminels, qui n'hésitent plus à s'attaquer aux institutions éducatives. Pour la population locale, cette décision a représenté une déchirure supplémentaire, renforçant le sentiment d'abandon face à une violence qui semblait jusqu'alors sans réponse efficace de la part des autorités. Le maire de Betulia a toutefois réagi en renforçant les mesures destinées à ramener le calme. Cette initiative locale, bien que saluée par les habitants, soulève la question plus large de la capacité de l'État colombien à étendre son autorité sur l'ensemble de son territoire. Dans les zones rurales, où la présence institutionnelle demeure historiquement faible, les groupes armés ont prospéré en remplissant certains des rôles que l'État peinait à assumer, de la sécurité à la régulation économique locale. ## Les promesses d'une nouvelle ère sécuritaire L'arrivée au pouvoir d'Abelardo de la Espriella marque une rupture idéologique nette avec la politique de « paix totale » menée par son prédécesseur Gustavo Petro. L'avocat d'extrême droite a construit son discours sur une approche répressive, promettant une confrontation directe avec les groupes narcotrafiquants plutôt qu'une négociation. Cette orientation, si elle répond aux attentes d'une partie de la population excédée par la violence, pourrait également engendrer de nouvelles tensions dans un pays où les dynamiques territoriales des groupes criminels sont profondément enracinées. Pour les habitants de Betulia, l'espoir d'une reprise en main se mêle à la prudence. Les rendez-vous s'enchaînent dans le bureau du maire, où les représentants de l'assemblée communale du quartier El Nariño tentent de faire entendre leurs revendications. La question de la sécurité demeure au cœur de leurs préoccupations, mais également celle du développement économique et social, condition indispensable pour briser le cycle de la violence qui gangrène ces communautés depuis des années. ## Une attente mesurée face à des défis structurels Alors que le nouveau président s'installe au pouvoir, les observateurs s'interrogent sur la capacité de son gouvernement à traduire ses promesses en actions concrètes sur le terrain. La lutte contre le narcotrafic en Colombie ne se limite pas à une question d'ordre public ; elle implique des enjeux économiques, sociaux et diplomatiques complexes. Les cultures illicites, les routes de trafic et les alliances changeantes entre groupes armés constituent un défi de taille pour toute administration, quelle que soit son orientation idéologique. À Betulia, la population attend des résultats tangibles : la réouverture de l'école, une présence policière renforcée et une protection effective contre les représailles des bandes criminelles. Le chemin semble long, mais la détermination affichée par les autorités locales et la nouvelle orientation présidentielle pourraient offrir une fenêtre d'opportunité. L'avenir de cette ville caféière, comme celui de nombreuses autres localités colombiennes, dépendra de la capacité de l'État à conjuguer fermeté sécuritaire et développement territorial durable.