L'incertitude est si grande que le ministère renonce à publier ses prévisions pour les vendanges: la canicule et la sécheresse rendent toute estimation des récoltes hasardeuse

Le ministère de l'Agriculture a officiellement renoncé, ce mardi 4 août, à publier ses traditionnelles prévisions de vendanges de début août, une décision inédi
Le ministère de l'Agriculture a officiellement renoncé, ce mardi 4 août, à publier ses traditionnelles prévisions de vendanges de début août, une décision inédite motivée par une incertitude jugée « très forte » dans de nombreux bassins viticoles. Canicules à répétition, sécheresse persistante, orages localisés, grêle et incendies : la conjonction d'aléas climatiques exceptionnels depuis la fin juin rend toute estimation de récolte hasardeuse, avec des impacts sur le développement de la vigne « particulièrement difficiles à apprécier », selon les termes du ministère rapportés par l'AFP.
### Un report de publication inédit au 8 septembre
Habituellement dévoilées autour du 7 août, les premières estimations de récolte seront finalement reportées au 8 septembre. Ce délai supplémentaire doit permettre aux services de l'État de disposer de « plus de recul sur l'état du potentiel de récolte », grâce notamment aux « observations issues des premières vendanges » qui débuteront dans les prochaines semaines. La pluviométrie des semaines à venir constituera également un facteur déterminant pour affiner ces projections. Ce report traduit une situation particulièrement délicate pour la filière, qui voit ses outils de pilotage traditionnels mis à l'épreuve par des conditions météorologiques hors normes.
### La filière viticole à l'origine de la demande
Cette décision fait suite à une demande explicite de la filière viticole, comme l'a confirmé Jérôme Despey, viticulteur et président du conseil spécialisé vin et cidre de FranceAgriMer, également vice-président de la FNSEA. Interrogé par l'AFP, il a expliqué que « la filière a demandé au ministère de ne pas publier » ces prévisions, en raison d'une « très forte imprécision » des relevés d'observations et d'analyses effectués début juillet. Les marges d'erreur apparaissent en effet trop importantes pour garantir une fiabilité minimale des données, un constat partagé par les services régionaux du ministère, qui soulignent « assez unanimement » cette incertitude dans « de très nombreux bassins d'importance ».
### Des impacts contrastés selon les régions
Les conditions climatiques exceptionnelles observées depuis la fin juin ont des conséquences différenciées sur les vignobles. Selon les régions, on observe soit des blocages de maturité, soit au contraire des récoltes précoces, rendant particulièrement complexe toute évaluation homogène du potentiel de récolte. Les orages, la grêle et les incendies survenus localement ajoutent à la complexité du tableau, avec des dégâts potentiels encore difficiles à quantifier précisément à ce stade. Cette hétérogénéité des situations complique considérablement le travail des statisticiens du ministère, qui peinent à établir des projections fiables à l'échelle nationale.
### Un enjeu économique majeur pour la filière
Au-delà de l'aspect technique, ces prévisions revêtent un enjeu économique crucial pour la viticulture française. Elles conditionnent en effet les stratégies des viticulteurs, des négociants et des maisons de champagne, qui s'appuient sur ces données pour anticiper leurs achats, leurs stocks et leurs prix. L'absence de chiffres fiables à cette période de l'année pourrait ainsi générer des tensions sur les marchés, dans un contexte déjà marqué par une pression climatique intense. Le report au 8 septembre permettra d'obtenir des données plus robustes, fondées sur les observations directes des premières vendanges, mais il laisse planer une période d'incertitude supplémentaire pour l'ensemble des acteurs de la filière.