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«L’incendie pourrait couver plusieurs mois»: que sont les «feux zombies» qui compliquent la situation à Fontainebleau?

Une · · Par Claire BERNARD

«L’incendie pourrait couver plusieurs mois»: que sont les «feux zombies» qui compliquent la situation à Fontainebleau?

«L’incendie pourrait couver plusieurs mois»: que sont les «feux zombies» qui compliquent la situation à Fontainebleau? Alors que le préfet de Seine-et-Marne ind

«L’incendie pourrait couver plusieurs mois»: que sont les «feux zombies» qui compliquent la situation à Fontainebleau?

Alors que le préfet de Seine-et-Marne indiquait mardi soir que les feux avaient cessé de progresser dans la forêt de Fontainebleau, après avoir parcouru plus de 2 000 hectares, les autorités restent en alerte face à un phénomène particulier : les « feux zombies ». Ces incendies souterrains, alimentés par la composition du sol, pourraient couver pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, et resurgir à tout moment, compliquant considérablement le travail des pompiers.

Un phénomène lié à la composition du sol de la forêt

Selon les explications de Sophie David, cheffe du service Environnement et accueil du public de l’Office national des forêts (ONF) Île-de-France Est, recueillies par Le Figaro dans un entretien publié le 15 juillet 2026, les « feux zombies » se caractérisent par une combustion lente et invisible du sol. « Dans un feu zombie, le sol continue de brûler même si ce n’est pas visible », précise-t-elle. Ce phénomène est particulièrement favorisé par la présence de tourbe, une matière organique présente dans le sous-sol de la forêt de Fontainebleau. Comme le rapportait lundi un pompier au Figaro, « le sous-sol de la forêt regorge de tourbe, une matière organique qui propage le feu ».

La tourbe, lorsqu’elle est sèche, peut s’enflammer et brûler lentement, sans flamme visible en surface. Ce type de combustion peut se propager horizontalement et verticalement, créant des poches de chaleur capables de survivre pendant des semaines, voire des mois. Les pompiers redoutent ainsi que le feu ne réapparaisse à plusieurs dizaines de mètres de son point d’origine, sans signe précurseur apparent.

Des similitudes avec les feux de forêt boréale

Ce phénomène n’est pas inédit dans le monde. Sophie David rappelle que les « feux zombies » sont bien connus dans les forêts boréales, notamment au Canada, en Sibérie ou en Alaska. Dans ces régions, les incendies souterrains peuvent couver sous la neige pendant l’hiver et resurgir au printemps, lorsque les conditions climatiques redeviennent favorables. La forêt de Fontainebleau présente des caractéristiques similaires, avec un sol tourbeux et une épaisse couche de litière végétale qui favorise la rétention de chaleur.

Selon l’experte de l’ONF, la situation actuelle pourrait durer « plusieurs mois ». Les pompiers, déjà éprouvés par l’ampleur de l’incendie qui a ravagé plus de 2 000 hectares, doivent désormais faire face à une menace persistante. « Le feu peut réapparaître plusieurs dizaines de mètres plus loin », ajoute-t-elle, soulignant la difficulté de localiser et d’éteindre ces foyers souterrains.

Des techniques de lutte spécifiques et coûteuses

Pour endiguer ce phénomène, les équipes de secours doivent recourir à des techniques particulières. La méthode la plus courante consiste à creuser des tranchées pour isoler les zones brûlantes et à arroser abondamment le sol pour refroidir la tourbe. Cependant, cette approche est longue et consomme d’importantes ressources en eau et en personnel. Les pompiers utilisent également des caméras thermiques pour détecter les points chauds invisibles à l’œil nu.

Sophie David insiste sur la nécessité d’une vigilance accrue : « Tant que le sol n’a pas été complètement refroidi, le risque de reprise demeure. » Les autorités locales ont donc mis en place un dispositif de surveillance renforcé, avec des patrouilles régulières et des relevés thermiques quotidiens. La forêt de Fontainebleau, l’une des plus fréquentées de France, reste partiellement fermée au public pour des raisons de sécurité.

Une perspective à long terme pour la gestion des feux de forêt

Au-delà de la gestion immédiate de l’incendie, ce phénomène interroge sur l’évolution des politiques de prévention face aux feux de forêt. Avec le changement climatique, les épisodes de sécheresse se multiplient, rendant les sols tourbeux plus vulnérables aux « feux zombies ». Sophie David appelle à une meilleure connaissance de ces phénomènes et à une adaptation des techniques de lutte.

Alors que les pompiers poursuivent leur travail de surveillance et d’extinction, la menace des « feux zombies » rappelle que la fin visible d’un incendie ne signifie pas toujours la fin du danger. Dans les semaines à venir, les autorités devront composer avec cette réalité, entre espoir de voir le feu définitivement maîtrisé et crainte de le voir renaître sous leurs pieds.