"L'herbe n'est même plus jaune, elle est blanche": face à la canicule qui grille les prairies, les éleveurs n'ont plus assez de fourrage pour nourrir les animaux, ils n'avaient "jamais connu ça"

Introduction Dans la Creuse, la canicule qui sévit depuis plusieurs semaines transforme les prairies en un paysage lunaire. L’herbe, décrite comme "blanche" par
Introduction
Dans la Creuse, la canicule qui sévit depuis plusieurs semaines transforme les prairies en un paysage lunaire. L’herbe, décrite comme "blanche" par les éleveurs, ne pousse plus, contraignant les exploitants à puiser dans les réserves de fourrage destinées à l’hiver. Une situation "inédite" qui met en péril la survie des troupeaux et fragilise un secteur déjà éprouvé par les aléas climatiques.
Une crise fourragère sans précédent
Pascal Mareix, 58 ans, installé avec son épouse Agnès depuis 1992 à Mazeirat, près de Guéret, témoigne d’une réalité alarmante. Sur ses près de 200 hectares, il élève 90 bovins. Cette année, seulement 930 balles de foin ont été rentrées sous son hangar, un volume jugé insuffisant pour passer l’hiver. "Ça ne suffira pas. Il faudra en acheter", anticipe-t-il. L’éleveur a déjà déboursé 10 000 euros pour compenser le déficit, une somme non négligeable pour une exploitation de taille moyenne. "Depuis un mois, plus rien ne pousse dans les prés", explique-t-il, décrivant des prairies où "l’herbe n’est même plus jaune, elle est blanche". Ce constat, partagé par de nombreux confrères, illustre l’intensité de la sécheresse qui frappe le département.
Un calendrier agricole bouleversé
Les caprices de la météo perturbent profondément le cycle des récoltes. En 2023, Pascal Mareix avait pu faucher du foin jusqu’au 14 juillet. Trois ans plus tard, il a terminé un mois plus tôt, dès la mi-juin. "C’est de plus en plus imprévisible", déplore-t-il. "En novembre-décembre, on a été noyé par la pluie. Et après, ça s’arrête d’un seul coup. Terminé, il n’y a plus d’eau." Cette alternance brutale entre excès et pénurie d’eau complique la planification des travaux agricoles. La fournaise des dernières semaines a également contraint l’éleveur à "revoir le planning des journées pour travailler à la fraîche car, en plein après-midi, c’est impossible". En près de 35 ans de métier, il affirme n’avoir "jamais connu ça".
Un département en état de crise hydrologique
La situation est aggravée par un déficit pluviométrique qui dure depuis quatre mois consécutifs. Les cours d’eau sont particulièrement bas, et la préfecture de la Creuse a placé la quasi-totalité du département en état de "crise" hydrologique. Un arrêté préfectoral encadre désormais strictement les usages de l’eau, pour les particuliers comme pour les professionnels. Les autorités en appellent à "la responsabilité" de chacun pour préserver la ressource. Cette mesure, bien que nécessaire, ajoute une contrainte supplémentaire aux éleveurs, déjà confrontés à une pénurie de fourrage. Pascal Mareix résume le sentiment général : "Il faut vraiment aimer ou être un peu fou, surtout en ce moment", pour continuer à exercer ce métier.
Conclusion
La crise que traversent les éleveurs de la Creuse illustre les conséquences concrètes du dérèglement climatique sur l’agriculture. Entre sécheresse estivale et précipitations hivernales excessives, les cycles naturels deviennent imprévisibles. Sans une adaptation rapide des pratiques ou un soutien accru, le risque de voir des exploitations abandonner leur activité se renforce, menaçant la souveraineté alimentaire locale.