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"L'une des plus grandes usines de ce type en Europe" va sortir de terre à Dunkerque: la flambée du prix du kérosène incite enfin la France à se doter d'une filière massive de carburants durables aériens

Economie · · Par Julie MOREAU

# La France se dote d’une filière géante de carburants durables aériens à Dunkerque La flambée du prix du kérosène, amplifiée par les tensions au Moyen-Orient,

# La France se dote d’une filière géante de carburants durables aériens à Dunkerque La flambée du prix du kérosène, amplifiée par les tensions au Moyen-Orient, pourrait bien être le déclic tant attendu pour l’industrie française des carburants durables aériens (SAF). Quatre grands industriels — Technip Energies, Airbus, Safran et Tereos — ont annoncé ce mardi la création d’une coentreprise baptisée Rebound, destinée à construire l’une des plus grandes usines de ce type en Europe à Dunkerque, dans le nord de la France. Un projet qui vise à doter le pays d’une filière de production massive de SAF, alors que la France accuse un retard considérable dans ce secteur stratégique. ## Une ambition industrielle face à un retard français criant ### ### Un contexte de crise qui rebat les cartes Jusqu’à présent, la filière française de carburants durables aériens était quasi inexistante. L’État n’a versé qu’une enveloppe de 600 millions d’euros il y a plusieurs années, une somme jugée très insuffisante par les professionnels. « C’est très loin des ambitions de l’Europe », qui fixent des objectifs contraignants : 6 % d’incorporation de SAF dans les avions d’ici 2030, 20 % en 2035, et 70 % à l’horizon 2050. Avant la crise actuelle, ces cibles étaient considérées comme « hors d’atteinte » par le secteur aérien, compte tenu des prix et des volumes de production. Cette année, la production mondiale de SAF ne devrait atteindre que 0,8 % du carburant total consommé par les avions, soit environ 2,4 millions de tonnes, contre 0,6 % en 2024. Un chiffre très éloigné de l’objectif initial de 2 % pour 2025. « C’est une paille », résument les observateurs. ### ### Le virage de la souveraineté énergétique Mais le contexte a radicalement changé. Les compagnies aériennes, tétanisées par le coût du kérosène, cherchent désormais activement de nouvelles sources d’approvisionnement. Pascal de Izaguirre, président de la Fnam (Fédération nationale de l’aviation), a récemment déclaré : « C’est le moment pour reprendre sa souveraineté en misant sur le SAF, il faut reprendre notre destin en main. » Les États, eux aussi, ont pris la mesure de l’enjeu, davantage sous l’angle de la souveraineté énergétique que pour des considérations environnementales. ## Le projet Rebound : une usine géante à Dunkerque ### ### Une coentreprise inédite entre géants industriels Le projet Rebound réunit quatre acteurs majeurs de l’industrie française et européenne. Technip Energies apportera son expertise dans l’ingénierie des procédés de production de carburants non fossiles. Airbus et Safran, leaders mondiaux de l’aéronautique, garantiront l’intégration et la certification des SAF auprès des compagnies aériennes. Enfin, Tereos, spécialiste de la transformation de la biomasse, fournira les matières premières renouvelables nécessaires à la production. L’usine, qui sera implantée dans la zone industrialo-portuaire de Dunkerque, est présentée comme « l’une des plus grandes de ce type en Europe ». Sa capacité de production devrait permettre de répondre à une part significative des besoins français en SAF, contribuant ainsi à réduire la dépendance du pays aux importations de kérosène fossile. ### ### Un calendrier et des défis techniques Si aucune date précise de mise en service n’a été communiquée, les industriels ambitionnent une montée en puissance rapide. La production de SAF à partir de biomasse ou d’hydrogène vert reste toutefois confrontée à des défis techniques et économiques majeurs. Le coût de production, encore très supérieur à celui du kérosène fossile, devra être réduit grâce aux économies d’échelle. Les soutiens publics, au-delà des 600 millions déjà promis, seront également cruciaux pour atteindre les objectifs européens. ## Conclusion : un pari industriel et stratégique Le projet Rebound à Dunkerque marque un tournant pour la filière française des carburants durables aériens. Alors que la flambée du kérosène pousse les compagnies à diversifier leurs sources d’approvisionnement, cette usine géante pourrait permettre à la France de rattraper son retard et de se positionner comme un acteur clé de la transition énergétique du transport aérien en Europe. Reste à savoir si les ambitions affichées seront suivies d’effets concrets, alors que les objectifs européens de 2030 se rapprochent et que la production mondiale de SAF reste encore très marginale.