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« L’extrême droite française a voué une détestation tenace au général de Gaulle ; aujourd’hui, elle pourrait réussir sa stratégie de captation d’héritage »

Culture · · Par Emma ROUSSEAU

« L’extrême droite française a voué une détestation tenace au général de Gaulle ; aujourd’hui, elle pourrait réussir sa stratégie de captation d’héritage »

Huit mois avant l’élection présidentielle, la figure du général de Gaulle s’invite dans le débat public avec une acuité renouvelée. Alors que le cinéma le plébi

Huit mois avant l’élection présidentielle, la figure du général de Gaulle s’invite dans le débat public avec une acuité renouvelée. Alors que le cinéma le plébiscite, le documentariste Jonathan Hayoun livre, dans une tribune publiée par *Le Monde*, une analyse saisissante : la mémoire du Général serait devenue un héritage à prendre, et l’extrême droite française pourrait bien réussir sa stratégie de captation pour réécrire son histoire. Une observation qui interroge la construction du récit national à l’approche d’un scrutin décisif. ### Une détestation historique aux racines profondes La relation entre l’extrême droite française et le général de Gaulle n’a jamais été simple, pour ne pas dire franchement conflictuelle. Des années de guerre d’Algérie aux affrontements idéologiques des Trente Glorieuses, les mouvements nationalistes ont nourri une hostilité tenace envers celui qui incarnait une certaine idée de la France, mais aussi une certaine pratique du pouvoir. Les partisans de l’Algérie française, notamment, n’ont jamais pardonné au Général son revirement en faveur de l’autodétermination, perçu comme une trahison des engagements passés. Cette détestation s’est exprimée par des mots durs, des pamphlets virulents et des tentatives de déstabilisation politique. Pourtant, selon Jonathan Hayoun, cette haine historique n’empêche pas aujourd’hui une tentative de réappropriation symbolique. Le documentariste observe que la figure gaullienne, dépositaire d’une légitimité historique et d’une stature internationale, représente un capital politique considérable pour qui parvient à s’en réclamer. Une stratégie qui consisterait à gommer les aspérités du passé pour mieux épouser les contours d’un héritage désormais convoité. ### Un héritage mémoriel disputé à huit mois du scrutin À huit mois de l’élection présidentielle, la question de la transmission de cet héritage prend une dimension stratégique nouvelle. Le cinéma, en remettant le Général sous les projecteurs, contribue à une forme de canonisation populaire qui dépasse les clivages partisans. Dans ce contexte, Jonathan Hayoun alerte sur le risque de voir l’extrême droite s’emparer de cette mémoire pour la remodeler à son avantage. Il s’agirait, selon lui, de ne pas laisser ce récit se réécrire sans réaction, sous peine de voir l’histoire gaullienne déformée au service d’un projet politique qui lui fut historiquement opposé. La tribune du documentariste appelle ainsi à une vigilance accrue de la part de ceux qui se reconnaissent dans l’héritage du Général. L’enjeu dépasse la simple querelle mémorielle : il touche à la définition même de ce que représente la France dans son récit collectif. Si la captation devait aboutir, ce serait un paradoxe historique majeur, où les héritiers spirituels de ceux qui combattirent de Gaulle en deviendraient les gardiens autoproclamés. ### Un enjeu de récit national pour les mois à venir La perspective d’une telle réappropriation soulève des questions profondes sur la plasticité de la mémoire collective. Les travaux de Jonathan Hayoun, qui a consacré une partie de son œuvre documentaire à la mémoire et à l’histoire, suggèrent que les récits nationaux ne sont jamais figés. Ils se négocient, se disputent et parfois se transforment radicalement. L’extrême droite, forte de sa détestation passée, pourrait paradoxalement tirer profit de cette distance historique pour se présenter comme une force nouvelle, capable de dépasser les clivages d’un autre âge. Dans les mois qui viennent, les commémorations, les débats médiatiques et les prises de position politiques seront autant de terrains où cette bataille mémorielle se jouera. La tribune de Jonathan Hayoun, publiée dans *Le Monde*, constitue un signal fort : la mémoire du général de Gaulle n’est pas un vestige du passé, mais un enjeu d’avenir. Reste à savoir qui, des héritiers historiques ou des nouveaux prétendants, parviendra à imposer sa lecture de ce destin hors norme. Une chose est certaine : la campagne présidentielle sera aussi, à sa manière, un référendum sur l’âme de la France gaullienne.