L’Éthiopie et l’Union africaine, dernière étape pour Macron de sa tournée sur le continent

## L'essentiel La tournée africaine d'Emmanuel Macron s'achève ce mercredi à Addis-Abeba, la capitale éthiopienne, qui abrite le siège de l'Union africaine. Cet
L'essentiel
La tournée africaine d'Emmanuel Macron s'achève ce mercredi à Addis-Abeba, la capitale éthiopienne, qui abrite le siège de l'Union africaine. Cette visite, marquée par une première rencontre du président français avec cette institution continentale, intervient dans un contexte géopolitique complexe, alors que la France cherche à renforcer ses liens avec les pays africains.
D'après des informations rapportées par Sud Ouest, cette étape à Addis-Abeba devrait permettre à Macron de discuter de divers enjeux, notamment la sécurité, le développement économique et les défis environnementaux auxquels le continent africain fait face. L'Union africaine, qui joue un rôle central dans la médiation des conflits et la promotion de la coopération régionale, pourrait être un partenaire clé dans la mise en œuvre des initiatives françaises sur le continent.
Cette visite diplomatique intervient alors que la participation électorale en France, comme le montre le taux de 21,31% aux municipales en Centre-Val de Loire, reflète un désengagement citoyen qui contraste avec les enjeux de souveraineté africaine.
Par ailleurs, la France a récemment cherché à réévaluer sa présence en Afrique, souvent critiquée pour ses anciennes politiques coloniales. Cette tournée, qui a inclus des visites dans plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest et du Centre, pourrait être perçue comme une tentative de renouveler les relations franco-africaines, notamment à travers une approche plus respectueuse et collaborative. Cependant, les récentes tensions entre la France et certains États africains, notamment après des coups d'État militaires, pourraient assombrir cette dynamique.
En effet, les relations entre la France et plusieurs pays africains ont été mises à l'épreuve ces dernières années. Des mouvements populaires ont appelé à une reconsidération des partenariats historiques, souvent jugés inégaux. Selon des analystes, Macron pourrait aborder ces sujets sensibles lors de sa rencontre avec les dirigeants de l'Union africaine, cherchant à établir un dialogue constructif et réciproquement bénéfique.
Cette visite à Addis-Abeba pourrait également s'inscrire dans le cadre d'une stratégie plus large visant à réaffirmer l'influence française sur le continent, face à la montée en puissance d'autres acteurs internationaux, notamment la Chine et la Russie. Les investissements chinois en Afrique, ainsi que l'engagement de la Russie dans des pays comme le Mali, pourraient inciter la France à redoubler d'efforts pour maintenir sa position.
En outre, la question de la lutte contre le changement climatique est devenue un sujet central dans l'agenda international. L'Éthiopie, qui a récemment connu des sécheresses et des conflits liés aux ressources en eau, pourrait être un exemple emblématique des défis environnementaux auxquels sont confrontés de nombreux pays africains. Macron pourrait ainsi profiter de cette plateforme pour promouvoir des initiatives de coopération en matière de développement durable.
Les enjeux économiques ne devraient pas non plus être négligés. D'après des sources gouvernementales, l'Éthiopie est l'un des pays à la croissance la plus rapide d'Afrique, attirant des investissements étrangers dans des secteurs variés, tels que l'agriculture et les infrastructures. Cette dynamique pourrait offrir des opportunités pour les entreprises françaises, qui cherchent à s'implanter sur le marché africain en pleine expansion.
Enfin, cette visite pourrait avoir des implications significatives pour l'avenir des relations entre la France et l'Union africaine. En multipliant les échanges et en favorisant un dialogue ouvert, Emmanuel Macron pourrait contribuer à renforcer les liens et à établir une coopération plus solide sur des questions clés. Toutefois, la réussite de cette démarche dépendra de la capacité des deux parties à surmonter les malentendus historiques et à construire une approche véritablement partenariale.
Ainsi, la dernière étape de la tournée africaine de Macron pourrait être déterminante pour l'avenir des relations franco-africaines, et pour l'image de la France sur le continent. Les discussions à Addis-Abeba pourraient ouvrir la voie à une nouvelle ère de coopération, mais également mettre en lumière les défis persistants qui nécessiteront des solutions communes et innovantes.
Contexte
Cette visite à Addis-Abeba s'inscrit dans une séquence diplomatique plus large, initiée par la présidence française depuis le discours de Ouagadougou en 2017, où Emmanuel Macron avait promis une "rupture" avec la Françafrique. Depuis, les relations bilatérales ont connu des évolutions contrastées. Le retrait des forces françaises du Mali, du Burkina Faso et du Niger, consécutif à des coups d'État militaires et à une montée du sentiment antifrançais, a considérablement réduit l'empreinte sécuritaire de Paris dans le Sahel. La réorientation vers une présence moins ostensible, centrée sur des partenariats avec des organisations régionales, constitue l'un des axes de la stratégie actuelle.
L'Union africaine, créée en 2002 en remplacement de l'Organisation de l'unité africaine, regroupe l'ensemble des cinquante-cinq États du continent. Son siège, situé à Addis-Abeba, a été financé en partie par la Chine, ce qui illustre la concurrence d'influence qui s'y joue. L'institution a gagné en légitimité dans la médiation de conflits régionaux, notamment en Éthiopie même lors de la guerre au Tigré (2020-2022), ou encore au Soudan. Cependant, son efficacité demeure entravée par des divergences entre États membres et par des moyens financiers limités.
La présence française auprès de l'Union africaine n'est pas nouvelle, mais cette rencontre au sommet marque une volonté affichée d'institutionnaliser le dialogue. Historiquement, la France entretenait des relations privilégiées avec des organisations sous-régionales comme la CEDEAO ou la CEMAC, davantage que avec l'instance panafricaine. Ce recentrage vers Addis-Abeba pourrait traduire une adaptation aux nouvelles réalités géopolitiques du continent.
Analyse
Plusieurs lectures de cette visite présidentielle sont envisageables. La première, la plus immédiate, consiste à y voir une tentative de normalisation des relations franco-africaines après une période de turbulences. En s'adressant directement à l'Union africaine plutôt qu'à des chefs d'État particuliers, Emmanuel Macron chercherait à contourner les critiques de bilatéralisme inégal et à placer le dialogue à un niveau multilatéral, potentiellement plus équilibré. Cette approche s'inscrirait dans la doctrine dite du "partenariat d'égal à égal", plusieurs fois invoquée par l'Élysée.
Une seconde lecture, plus critique, y verrait une manœuvre pour contrer l'influence croissante de puissances concurrentes. La Chine, premier partenaire commercial de nombreux pays africains, et la Russie, dont la présence militaire et diplomatique s'est accrue via le groupe Wagner puis Africa Corps, constituent des rivaux de poids. En multipliant les apparitions publiques et les annonces de coopération, Paris tenterait de maintenir une visibilité sur un continent où son poids relatif diminue. Le choix de l'Éthiopie, pays non francophone et historiquement moins lié à la France que l'Afrique de l'Ouest, serait stratégique : il s'agirait de diversifier les partenariats au-delà du pré carré traditionnel.
Enfin, une troisième grille d'analyse mettrait l'accent sur les contradictions internes de la politique africaine française. D'un côté, le discours officiel prône le respect des souverainetés et le multilatéralisme ; de l'autre, la France continue d'intervenir militairement (comme au Tchad ou en Côte d'Ivoire) et conserve des réseaux d'influence informels. Cette tension entre rupture affichée et continuité pratique pourrait limiter la portée des annonces faites à Addis-Abeba.
Implications
À court terme, cette visite pourrait déboucher sur des annonces concrètes en matière de financement de projets climatiques ou de coopération sécuritaire. La France pourrait proposer un renforcement des capacités de l'Union africaine en matière de prévention des conflits, ou encore des mécanismes de financement innovants pour la transition écologique. Un accord-cadre de partenariat entre la France et l'UA n'est pas à exclure, bien que sa mise en œuvre effective reste conditionnée à des arbitrages budgétaires.
À moyen terme, les conséquences dépendront largement de la réception de cette démarche par les États africains eux-mêmes. Si certains dirigeants, notamment ceux des pays francophones modérés, pourraient saluer cette ouverture, d'autres, plus critiques, pourraient y voir une tentative de reconquête déguisée. La position de l'Éthiopie, pays hôte et acteur régional majeur, sera particulièrement scrutée : son Premier ministre, Abiy Ahmed, entretient des relations complexes avec les puissances occidentales, alternant coopération et critiques.
Plus largement, cette visite s'inscrit dans un contexte de recomposition des alliances africaines. La multiplication des partenariats avec des acteurs non traditionnels (Turquie, Émirats arabes unis, Inde) offre aux États africains une marge de manœuvre accrue. La France devra donc composer avec des interlocuteurs plus affirmés, moins enclins à accepter des conditions déséquilibrées. Le succès de cette entreprise dépendra de la capacité de Paris à proposer des offres crédibles et différenciantes, notamment dans les domaines où elle dispose d'avantages comparatifs réels, comme l'énergie nucléaire civile ou l'expertise en matière de santé publique.
Pour aller plus loin
Cette visite soulève plusieurs questions qui mériteraient d'être approfondies. La première concerne la place des sociétés civiles africaines dans ce dialogue interétatique : dans quelle mesure les revendications populaires, notamment celles des jeunes générations, sont-elles prises en compte dans ces échanges au sommet ? Un décalage entre discours diplomatique et attentes citoyennes pourrait fragiliser les accords conclus.
Par ailleurs, la question de la dette et des conditionnalités d'aide reste centrale. La France, comme d'autres donateurs, lie souvent ses financements à des réformes économiques ou de gouvernance. Une approche véritablement partenariale impliquerait de repenser ces mécanismes, ce qui n'est pas acquis.
Enfin, les observateurs suivront avec attention les suites concrètes de cette visite : la publication d'une feuille de route commune, la création de groupes de travail thématiques, ou l'organisation de rencontres régulières constitueraient des indicateurs tangibles d'un engagement durable. À défaut, cette étape risquerait de n'être qu'un épisode de plus dans une série de sommets sans lendemain.