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L'état actuel de la Syrie

Economie · · Par Julie MOREAU

L'état actuel de la Syrie

# Syrie : un pays toujours en reconstruction, entre fragilité économique et isolement diplomatique Plus de treize ans après le début de la guerre civile, la Syr

# Syrie : un pays toujours en reconstruction, entre fragilité économique et isolement diplomatique Plus de treize ans après le début de la guerre civile, la Syrie demeure un État profondément affaibli, tant sur le plan économique que diplomatique. Si les combats à grande échelle ont cessé dans la majeure partie du territoire, le pays peine à se relever d’un conflit qui a dévasté ses infrastructures, divisé sa population et vidé ses caisses. La situation actuelle, telle que rapportée par plusieurs médias internationaux dont BFM Business, révèle un équilibre précaire, où le régime de Bachar al-Assad tente de consolider son autorité tout en faisant face à des sanctions internationales et à une crise humanitaire persistante. ## Un tissu économique exsangue sous le poids des sanctions L’économie syrienne, déjà laminée par des années de guerre, subit de plein fouet les conséquences des sanctions occidentales, notamment américaines et européennes. La livre syrienne a perdu plus de 99 % de sa valeur depuis 2011, et l’inflation galopante a réduit le pouvoir d’achat des ménages à presque rien. Selon les données disponibles, le PIB syrien aurait chuté de plus de 60 % depuis le début du conflit, et le taux de chômage dépasse les 50 % dans certaines régions. La reconstruction, estimée à plusieurs centaines de milliards de dollars, reste largement hypothéquée par l’absence de financements internationaux. Les investisseurs étrangers, privés ou publics, hésitent à s’engager dans un pays où la corruption est endémique et où la normalisation diplomatique n’est toujours pas acquise. Le secteur pétrolier, jadis pilier de l’économie syrienne, est aujourd’hui largement contrôlé par les forces kurdes soutenues par les États-Unis, privant Damas d’une source de revenus essentielle. ## Une reconstruction entravée par les divisions territoriales et politiques La Syrie reste un pays fragmenté. Le régime de Damas contrôle environ 60 % du territoire, principalement dans l’ouest et le centre, mais les régions du nord-est sont administrées par les forces kurdes des FDS (Forces démocratiques syriennes), tandis que le nord-ouest, autour d’Idleb, est sous l’influence de groupes rebelles et jihadistes. La Turquie, de son côté, maintient une présence militaire dans le nord, créant une zone tampon qui complique toute perspective d’unification. Cette division territoriale entrave les projets de reconstruction : chaque zone applique ses propres règles fiscales et douanières, et les échanges commerciaux entre régions demeurent limités. Le régime, qui aspire à une normalisation avec les pays arabes, a obtenu en 2023 la réintégration de la Syrie au sein de la Ligue arabe, mais les avancées diplomatiques restent timides. Les États-Unis et l’Union européenne maintiennent leurs sanctions, conditionnant tout assouplissement à des progrès politiques concrets, notamment sur la question des disparus et des prisonniers politiques. ## Une crise humanitaire qui n’en finit plus La situation humanitaire en Syrie demeure catastrophique. Selon les Nations unies, plus de 15 millions de Syriens ont besoin d’une aide humanitaire, soit près des deux tiers de la population. Les déplacés internes sont estimés à plus de 7 millions, et les réfugiés à l’étranger dépassent les 5 millions, principalement en Turquie, au Liban et en Jordanie. Les infrastructures de base – hôpitaux, écoles, réseaux d’eau et d’électricité – sont en grande partie détruites ou hors d’usage. Le tremblement de terre dévastateur de février 2023, qui a frappé la Turquie et le nord de la Syrie, a encore aggravé la situation, causant des milliers de morts supplémentaires et détruisant des habitations déjà précaires. L’accès humanitaire reste limité, en raison des obstacles bureaucratiques imposés par le régime et des combats sporadiques. Les organisations internationales, comme le Programme alimentaire mondial, peinent à financer leurs opérations, et les coupures budgétaires des bailleurs de fonds réduisent encore la portée de l’aide. ## Perspectives : une normalisation encore lointaine La Syrie semble prise dans un cercle vicieux : sans reconstruction économique, la stabilité politique reste fragile, mais sans stabilité politique, les investissements nécessaires à la reconstruction ne viendront pas. Le régime de Damas mise sur un rapprochement progressif avec les monarchies du Golfe, notamment les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, pour briser son isolement et obtenir des financements. Cependant, les États-Unis et l’Europe conditionnent toute levée des sanctions à des avancées sur le processus politique défini par la résolution 2254 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui prévoit une transition politique inclusive. Or, Bachar al-Assad n’a montré jusqu’à présent aucune volonté réelle d’engager des réformes en ce sens. Dans ce contexte, la Syrie risque de rester un État fragile, dépendant des soutiens russe et iranien, et incapable de répondre aux besoins de sa population. La paix, si elle est effective sur le plan militaire, n’a pas encore apporté la prospérité ni la réconciliation nationale.