L’éditorial de Vincent Trémolet de Villers : «Loi sur l’euthanasie et le suicide assisté, simulacre démocratique et nihilisme d’État»

L’éditorial de Vincent Trémolet de Villers : «Loi sur l’euthanasie et le suicide assisté, simulacre démocratique et nihilisme d’État» Dans un éditorial publié l
L’éditorial de Vincent Trémolet de Villers : «Loi sur l’euthanasie et le suicide assisté, simulacre démocratique et nihilisme d’État»
Dans un éditorial publié le 15 juillet 2026, Vincent Trémolet de Villers, directeur du Figaro, livre une critique virulente du processus législatif ayant abouti à l’adoption de la loi sur l’euthanasie et le suicide assisté. Selon lui, ce texte représenterait « un simulacre démocratique et un nihilisme d’État », marquant une rupture profonde avec les principes républicains. L’auteur y dénonce une décision prise dans un contexte politique affaibli, qu’il qualifie de « conjugaison de cynisme, de lâcheté et d’idéologie ».
Un contexte politique délétère
L’éditorialiste dresse un portrait sans concession de l’exécutif au moment du vote. Il évoque « un pouvoir épuisé, une Assemblée de fortune, un président plus impopulaire que jamais » et un premier ministre présenté comme « le plus faible de la Ve République ». Selon lui, c’est dans ce climat de fragilité institutionnelle que la majorité a choisi d’adopter le texte, « au milieu de l’été 2026 ». Vincent Trémolet de Villers suggère que cette précipitation traduirait une incapacité à « améliorer la vie quotidienne des Français » depuis dix ans, le président sortant cherchant à marquer son mandat par une mesure sociétale radicale. Il établit un parallèle historique avec l’abolition de la peine de mort en 1981, estimant que, « quarante-cinq ans après », l’État s’est vu confier le pouvoir d’« abréger l’existence ».
Une critique du fondement idéologique
L’auteur s’attaque ensuite au cœur du dispositif législatif, qu’il qualifie d’« oxymore assassin » : « Tuer, c’est soigner. » Il rejette l’idée d’un progrès moral, médical ou social dans cette approche. Sur le plan médical, il juge la méthode « irrémédiable d’abréviation des souffrances », estimant qu’elle ne constitue pas un progrès thérapeutique. Sur le plan social, il reprend le concept d’État « validiste » formulé par le politologue Dominique Reynié, pour décrire un système qui, selon lui, abandonnerait l’État-providence au profit d’une logique de sélection. Il pointe du doigt les conséquences potentielles pour les populations vulnérables : « Vieillards, grands malades, nerveux, désespérés savent désormais qu’ils sont ‘éligibles’ au ‘droit à mourir’. » Cette formulation suggère que la loi créerait une pression implicite sur les personnes en situation de fragilité.
Une contradiction interne dans le système de soin
L’éditorial soulève également une contradiction apparente entre les objectifs de la loi et les missions traditionnelles de l’hôpital. Il s’interroge sur la coexistence possible entre des « unités de suicidologie qui luttent héroïquement » contre le passage à l’acte et des services autorisant le suicide assisté. Cette question, selon lui, demeure sans réponse dans le débat public. Il semble considérer que la loi instaure une forme de schizophrénie institutionnelle, où le soin et la mort deviendraient deux faces d’une même médaille. L’absence de clarification sur ce point renforcerait, à ses yeux, le caractère précipité et mal préparé de la réforme.
Une perspective sur la démocratie représentative
Au-delà de la question de la fin de vie, Vincent Trémolet de Villers élargit son propos à une réflexion sur l’état de la démocratie française. Il dénonce un « simulacre démocratique », suggérant que le débat parlementaire n’aurait pas été à la hauteur des enjeux éthiques et sociétaux soulevés par le texte. L’emploi du terme « nihilisme d’État » indique une vision alarmiste, selon laquelle l’administration de la mort par l’État constituerait une négation des valeurs fondamentales de protection de la vie. Cette analyse, réservée aux abonnés du Figaro, s’inscrit dans un courant de pensée conservateur, mais elle pose des questions essentielles sur les conditions d’élaboration d’une loi aussi sensible, dans un contexte politique déjà fragilisé.