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L’EDITO. TVA à 24%, retraites moins indexées, retour du nucléaire, regroupement familial durci: le surprenant virage à droite de François Hollande

Economie · · Par Julie MOREAU

L’EDITO. TVA à 24%, retraites moins indexées, retour du nucléaire, regroupement familial durci: le surprenant virage à droite de François Hollande

L’ancien chef de l’État François Hollande opère un spectaculaire retour sur la scène politique avec la publication de son livre programmatique, "Unir, nouveau m

L’ancien chef de l’État François Hollande opère un spectaculaire retour sur la scène politique avec la publication de son livre programmatique, "Unir, nouveau monde, nouvelle gauche". L’ouvrage, paru aujourd’hui, surprend par une série de propositions économiques et sociales qui rompent ouvertement avec les dogmes traditionnels de la gauche française. De la hausse de la TVA à 24% à un durcissement du regroupement familial, en passant par un plaidoyer assumé pour le nucléaire, l’ancien président semble dessiner les contours d’une ligne politique résolument ancrée à droite, suscitant de vives interrogations au sein de son propre camp. ### Une rupture assumée avec la doxa socialiste Le député de Corrèze, qui n’avait jamais totalement disparu des radars médiatiques depuis son renoncement à la présidentielle de 2017, livre ici ce qu’il présente comme un "aggiornamento" de sa pensée. Le constat est simple : le monde a profondément changé depuis son élection en 2012, et la priorité absolue serait désormais de mieux protéger les Français face aux chocs économiques et géopolitiques. Cette refondation idéologique se traduit par des mesures qui auraient été jugées inacceptables pour un candidat socialiste il y a encore dix ans. L’ancien président justifie ce virage par un impératif de réalisme économique, une constante qu’il affirme avoir toujours portée, malgré des déclarations passées jugées plus démagogiques, notamment lorsqu’il évoquait "le monde de la finance" comme principal adversaire. ### Des mesures économiques clivantes et chiffrées Le volet économique de ce programme est sans doute le plus marquant. François Hollande propose une refonte majeure de la fiscalité, avec une augmentation de la TVA qui passerait à 24% pour la majorité des biens et services. Pour contrebalancer cette hausse significative, il envisage une exonération totale, soit un taux de 0%, sur l’énergie et les produits de première nécessité. Concernant les retraites, le projet est double : maintenir l’âge légal de départ à 63 ans, tout en allongeant progressivement les durées de cotisation. Une part de capitalisation serait également introduite dans le système, et l’indexation des pensions sur l’inflation serait revue à la baisse, avec un plafonnement fixé à 1%. Ces propositions, si elles étaient appliquées, représenteraient un bouleversement majeur du modèle social français. ### Un héritage politique réinterprété Ce virage idéologique prend racine dans un héritage politique que l’ancien président n’a jamais renié. Il rappelle d’ailleurs que c’est sous son mandat qu’a été créé le CICE (Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi), un outil destiné à alléger le coût du travail et qui, selon lui, a permis d’inverser la courbe du chômage, même si les effets ne se sont fait sentir qu’après son départ de l’Élysée. Il évoque également son rôle dans l’ascension politique d’Emmanuel Macron, qu’il avait nommé secrétaire général adjoint de l’Élysée avant de le propulser ministre de l’Économie. Ce rapprochement avec les thèses libérales et cette reconnaissance d’une filiation avec le macronisme semblent confirmer que l’ancien chef de l’État ne regarde plus vers la gauche radicale, mais tente de redéfinir un espace politique central et pragmatique. Au-delà de l’économie, François Hollande propose un durcissement des règles du regroupement familial, un sujet traditionnellement porté par la droite. L’homme qui avait enclenché le processus de fermeture de la centrale de Fessenheim réclame désormais un développement accru de la filière nucléaire, voyant dans cette énergie un pilier de la souveraineté nationale. Ce positionnement inattendu pourrait rebattre les cartes à l’approche des prochaines échéances électorales, même si l’ancien président n’a pas encore officialisé de candidature. Reste à savoir si cette "nouvelle gauche" qu’il appelle de ses vœux trouvera un écho auprès des électeurs socialistes, ou si elle ne fera qu’accentuer les fractures internes d’un parti en quête d’identité. L’accueil réservé à cet ouvrage par les cadres du Parti socialiste sera scruté avec attention dans les prochaines semaines.