L'armée face à la révolution des drones

L’armée française accélère sa transformation pour intégrer la révolution des drones, un enjeu stratégique devenu prioritaire au regard des conflits contemporain
L’armée française accélère sa transformation pour intégrer la révolution des drones, un enjeu stratégique devenu prioritaire au regard des conflits contemporains, notamment en Ukraine. La guerre de haute intensité a démontré que les drones, qu’ils soient de reconnaissance ou de combat, modifient en profondeur les doctrines militaires. Face à cette mutation, l’état-major des armées et les industriels de la défense doivent repenser leurs équipements, leurs formations et leurs concepts d’emploi, sous la pression d’un calendrier budgétaire serré.
Une loi de programmation militaire sous tension
La loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030, dotée d’un budget global de 413 milliards d’euros, prévoit une enveloppe spécifique pour les drones et les systèmes de lutte anti-drone. Selon les informations rapportées par BFM Business, le chef d’état-major de l’armée de Terre a récemment souligné, lors d’une interview exclusive diffusée le 19 juin, que l’acquisition de drones tactiques et de drones « kamikazes » (munitions téléopérées) constituait une urgence opérationnelle. L’armée doit composer avec des contraintes budgétaires et industrielles, alors que les besoins exprimés par les retours d’expérience ukrainiens sont massifs. La question centrale reste de savoir si les crédits alloués seront suffisants pour équiper les régiments à la hauteur des menaces, notamment en matière de drones de première ligne.
Le « char du futur » et l’avion de combat repensés
Les programmes majeurs de l’armée de Terre et de l’armée de l’Air sont directement impactés par cette révolution. Le MGCS (Main Ground Combat System), le futur char franco-allemand, doit intégrer des drones embarqués et des capacités de combat collaboratif. De même, le SCAF (Système de combat aérien du futur), dont le développement est désormais jugé « terminé » dans sa phase de démonstration, selon une information rapportée le 12 juin, repose sur un essaim de drones accompagnant l’avion de chasse de nouvelle génération. Ces programmes, d’un coût estimé à plusieurs dizaines de milliards d’euros, sont confrontés à un dilemme : faut-il privilégier des systèmes d’armes lourds et sophistiqués, ou investir massivement dans des drones plus légers, moins chers et renouvelables en grande quantité ? L’industriel belge John Cockerill, en pleine ascension dans le secteur de la défense, illustre cette tendance en proposant des tourelles robotisées et des systèmes intégrés pour drones terrestres.
La guerre en Ukraine comme accélérateur technologique
Le conflit ukrainien sert de laboratoire grandeur nature. Un fabricant de drones, installé en Ukraine depuis 2016, a témoigné le 29 mai sur BFM Business de l’évolution fulgurante des technologies. Les drones FPV (First Person View), utilisés par milliers chaque mois, ont démontré leur efficacité contre les blindés et les positions fortifiées. La Turquie, avec ses drones Bayraktar, a également affirmé ses ambitions dans ce secteur, devenant un acteur incontournable. Pour la France, l’enjeu est double : rattraper un retard industriel dans les drones de moyenne altitude (MALE) et développer des solutions souveraines, comme le drone « LRU » (Lance-roquettes unitaire) ou les systèmes de très haute altitude, capables de dominer le champ de bataille.
Des défis industriels et humains
Au-delà de la technologie, c’est toute la chaîne de commandement qui doit évoluer. L’armée de Terre doit former des opérateurs de drones en nombre, tout en intégrant ces systèmes dans les unités combattantes. L’interview du chef d’état-major, le 19 juin, a mis en lumière la nécessité de « changer de culture » pour passer d’une logique de plateforme à une logique de « système de systèmes ». Les laboratoires comme l’Onera, dont les travaux ont été présentés le 5 juin, jouent un rôle clé dans la recherche sur la furtivité, l’autonomie et le brouillage. Parallèlement, Naval Group, qui a récemment décroché un contrat majeur avec la Suède, explore l’intégration de drones sous-marins et de surface.
En conclusion, la révolution des drones impose une transformation radicale des armées françaises. Si la LPM fixe un cap ambitieux, la capacité à industrialiser rapidement des drones performants et à adapter les doctrines opérationnelles reste le principal défi. Les prochains mois seront décisifs pour vérifier si les budgets et les choix technologiques sont à la hauteur des enjeux, dans un contexte géopolitique où la guerre des drones dicte désormais le tempo des conflits.