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"L'argent vote avec ses pieds": JP Morgan et Citigroup mettent en garde le gouvernement britannique en cas de hausse des taxes sur les bénéfices colossaux des banques

Economie · · Par Julie MOREAU

Le gouvernement britannique est confronté à un nouveau front de tension à l'approche de son budget d'automne. Jamie Dimon, le directeur général de JP Morgan, a

Le gouvernement britannique est confronté à un nouveau front de tension à l'approche de son budget d'automne. Jamie Dimon, le directeur général de JP Morgan, a directement alerté le chancelier de l'Échiquier, John Healey, lors d'un appel téléphonique, selon des informations rapportées par le Financial Times. Le banquier américain a mis en garde contre une hausse de la fiscalité sur les bénéfices records des établissements bancaires, évoquant un risque concret de délocalisation d'emplois. ### Une pression directe sur le chancelier de l'Échiquier L'entretien entre Jamie Dimon et John Healey intervient alors que le nouveau gouvernement travailliste prépare son premier budget. La position de la première banque américaine est sans équivoque : toute augmentation de la charge fiscale pourrait remettre en cause la présence de ses activités sur le sol britannique. Cette mise en garde n'est pas un simple avertissement rhétorique. JP Morgan a également rappelé que la construction de son nouveau siège dans le quartier d'affaires de Canary Wharf était conditionnée au maintien d'un "environnement commercial toujours positif au Royaume-Uni". Ce projet immobilier majeur représente un engagement de long terme, et son sort pourrait servir de baromètre pour les relations entre la City et l'exécutif. Ce n'est pas la première tentative de dissuasion de la part du patron de JP Morgan. Le mois dernier, il avait déjà exprimé son opposition lors d'une interview au podcast The Master Investor. Il y avait déclaré que "l'idée de 'taxer les banques' peut paraître séduisante", avant de nuancer : "Je pense simplement que ce genre de mesures a des conséquences néfastes". Le choix des mots, emprunté au registre économique classique, vise à alerter sur les effets de long terme d'une fiscalité jugée punitive. ### Une opposition frontale avec les syndicats La pression exercée par les banques américaines se heurte à une demande inverse, portée par le Congrès des syndicats britanniques (TUC). L'organisation syndicale presse l'exécutif de profiter de la rentabilité exceptionnelle du secteur pour financer des mesures de soutien au pouvoir d'achat. Les banques britanniques sont actuellement soumises à un taux d'imposition sur les sociétés de 28 %, contre un taux standard de 25 % pour les autres entreprises. Le TUC propose de rehausser cette surtaxe, un dispositif qui pourrait générer des recettes estimées entre 28 et 70 milliards d'euros sur quatre ans, selon les calculs des syndicats. Le gouvernement se trouve ainsi pris en étau entre deux logiques antagonistes. D'un côté, une manne financière potentielle pour financer des politiques sociales ; de l'autre, le risque de voir s'éloigner des acteurs majeurs de la finance mondiale. Le patron de JP Morgan n'est d'ailleurs pas seul dans ce combat. La directrice générale de Citigroup a également fait part de son "inquiétude" à ce sujet. Sa formulation est particulièrement directe : "L'argent vote avec ses pieds. Je ne veux pas voir Londres se dégrader", a-t-elle lancé, résumant en une phrase la crainte d'un déclin progressif de la place financière londonienne. ### Un arbitrage à haut risque pour l'économie britannique Le choix du gouvernement britannique s'annonce délicat. La City de Londres est un pilier de l'économie du pays, et les déclarations des dirigeants de JP Morgan et Citigroup rappellent la mobilité des capitaux et des emplois dans un secteur hautement concurrentiel. Si une hausse de la surtaxe bancaire pourrait rapporter plusieurs dizaines de milliards d'euros, elle pourrait aussi fragiliser l'attractivité du Royaume-Uni comme place financière de premier plan. Les discussions entre le Trésor et les banques se poursuivent, mais les positions affichées semblent, pour l'instant, difficilement conciliables. La décision finale du chancelier de l'Échiquier sera scrutée avec attention, tant par les marchés que par les partenaires sociaux, car elle déterminera l'équilibre entre solidarité budgétaire et compétitivité économique.