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L'an dernier il y avait tellement de pommes de terre que les agriculteurs devaient les jeter, cette année la récolte risque d'être la plus faible jamais enregistrée en Europe

Economie · · Par Julie MOREAU

L'an dernier il y avait tellement de pommes de terre que les agriculteurs devaient les jeter, cette année la récolte risque d'être la plus faible jamais enregistrée en Europe

La récolte européenne de pommes de terre menacée par un scénario inverse à celui de l'an dernier Après une année 2025 marquée par une surproduction telle que le

La récolte européenne de pommes de terre menacée par un scénario inverse à celui de l'an dernier

Après une année 2025 marquée par une surproduction telle que les agriculteurs peinaient à écouler leurs stocks, la campagne 2026 s'annonce sous des auspices radicalement opposés. Selon les prévisions du service d'information professionnelle World Potato Markets, relayées par BFM Business et la revue Le Grand Continent, la récolte européenne de pommes de terre pourrait cette année être la plus faible jamais enregistrée. Un retournement spectaculaire, conséquence directe de la canicule et de la sécheresse qui ont frappé l'été et l'automne, mais aussi d'un ajustement des surfaces cultivées après les excédents de l'an passé.

Des rendements en chute libre dans les quatre grands pays producteurs

Les chiffres avancés par World Potato Markets dessinent une dégradation généralisée. En France, les rendements reculent de 13 % par rapport à la moyenne des cinq années précédentes. La Belgique enregistre la baisse la plus sévère, avec -21 %, suivie du Royaume-Uni (-11 %) et de l'Allemagne (-10 %). Ces quatre pays — Allemagne, France, Belgique et Pays-Bas — constituent le cœur de la production du nord-ouest européen, et leur recul simultané pèse mécaniquement sur l'ensemble du marché continental. La sécheresse estivale et automnale est identifiée comme le facteur déclencheur principal de cette érosion, la pomme de terre étant une culture particulièrement sensible au stress hydrique durant sa phase de tubérisation.

Un effet ciseau amplifié par la réduction des surfaces

À cette pression climatique s'ajoute un second facteur, plus structurel. L'excès de production de l'année dernière, qui avait provoqué une chute des prix et contraint certains producteurs à jeter leurs invendus, a incité les exploitants à réduire leurs emblavements. Les surfaces cultivées diminuent ainsi de 17 % en Belgique, 15 % aux Pays-Bas, 11 % en Allemagne et 10 % en France. Ce phénomène d'ajustement, logique sur le plan économique, amplifie l'effet de la météo : moins de parcelles plantées, et des rendements à l'hectare en berne, produisent un effet ciseau défavorable qui explique l'ampleur de la chute attendue.

La production française au plus bas depuis des décennies

Le cas français illustre pleinement cette dynamique. Selon les dernières prévisions du ministère de l'Agriculture, la récolte hexagonale est estimée à 6,5 millions de tonnes pour 2026, soit une chute de près de 22 % par rapport à l'année précédente. Cette baisse intervient après une période faste : la production française avait quasiment doublé entre 1995 et 2025, atteignant l'an dernier son plus haut niveau depuis trente ans. Le contraste est d'autant plus marqué que 2025 avait plongé les producteurs dans une crise de surproduction, avec des volumes excédentaires et des prix déprimés. Le cycle se retourne aujourd'hui avec une brutalité rare, les mêmes acteurs passant d'un problème de débouchés à un problème de disponibilité.

Quelles conséquences pour les prix et la filière ?

L'enjeu immédiat porte sur la formation des prix. La revue Le Grand Continent souligne que les facteurs de risque d'une hausse du prix du cornet de frites sont bel et bien réunis. Une offre européenne contractée, dans un contexte où la demande reste soutenue notamment pour les produits transformés, pourrait tirer les cours vers le haut. Reste à savoir si cette tension sera durable ou si elle se résorbera dès la prochaine campagne, en fonction des conditions climatiques et des arbitrages des producteurs. Pour la filière, la question centrale demeure celle de la volatilité : après deux années d'extrêmes opposés, la pomme de terre européenne illustre la vulnérabilité d'une culture exposée à la fois aux aléas météorologiques et aux cycles de marché.