«L’addition des approximations et des ellipses ne fait pas une vérité» : Gallimard conteste les attaques de Boualem Sansal

Gallimard répond point par point aux accusations de Boualem Sansal après son départ chez Grasset La maison d’édition Gallimard a publié, le 11 juin, un long com
Gallimard répond point par point aux accusations de Boualem Sansal après son départ chez Grasset
La maison d’édition Gallimard a publié, le 11 juin, un long communiqué intitulé « Contre la légende » dans lequel elle conteste fermement les griefs formulés par Boualem Sansal dans son dernier ouvrage La Légende, paru le 2 juin aux éditions Grasset. Selon des informations rapportées par Le Figaro, ce texte, réservé aux abonnés, réfute les attaques personnelles que l’écrivain a adressées à Antoine Gallimard, PDG de la maison, et à son éditeur historique Jean-Marie Laclavetine.
Des accusations qui trouvent leur source dans un récit de prison
La Légende, sous-titré « Libres méditations d’un prisonnier encombrant », retrace l’incarcération de Boualem Sansal dans la prison de Koléa, près d’Alger. L’ouvrage, qui a immédiatement suscité une vive attention médiatique, vise principalement le président algérien Abdelmadjid Tebboune et le régime d’Alger. Cependant, vers la fin du récit, un chapitre intitulé « Le grand moment de vérité » est consacré à un règlement de comptes avec Gallimard, sa maison d’édition historique depuis 1999. L’écrivain y critique nommément Antoine Gallimard et Jean-Marie Laclavetine, tout en les remerciant paradoxalement dans une section baptisée « La stèle des soutiens », où il écrit que « leur voix a ébranlé la muraille totalitaire et libéré l’espoir ».
Gallimard dénonce des approximations et des ellipses
Dans son communiqué, Gallimard estime que « l’addition des approximations et des ellipses ne fait pas une vérité ». L’éditeur conteste la version des faits présentée par Boualem Sansal, qui aurait justifié son départ chez Grasset par un manque de soutien de la part de Gallimard durant son incarcération. Selon des sources proches du dossier, la maison d’édition affirme avoir activement soutenu l’écrivain tout au long de sa détention, notamment par des démarches publiques et discrètes. Le communiqué souligne que les accusations portées par Sansal pourraient reposer sur une lecture partielle des événements, voire sur des omissions délibérées.
Un différend qui dépasse le cadre éditorial
Ce conflit intervient dans un contexte où Boualem Sansal, figure majeure de la littérature algérienne francophone, a vu son parcours éditorial marqué par des tensions croissantes avec son éditeur historique. Gallimard rappelle que l’écrivain a été publié pendant plus de vingt-cinq ans au sein de la maison, et que son départ pour Grasset a été précédé de discussions qui n’auraient pas abouti à un accord. Le communiqué laisse entendre que les critiques formulées dans La Légende pourraient relever davantage d’un différend personnel que d’une divergence éditoriale fondamentale. La maison d’édition précise également qu’elle n’a jamais cessé de défendre la liberté d’expression de ses auteurs, y compris dans des contextes politiques sensibles.
Les implications pour le monde littéraire français
Cette passe d’armes entre l’un des plus grands écrivains algériens contemporains et l’une des maisons d’édition les plus prestigieuses de France pourrait avoir des répercussions sur les relations entre auteurs et éditeurs. D’après des observateurs du secteur, ce type de conflit public reste rare, mais il met en lumière les tensions qui peuvent émerger lorsque des questions de loyauté, de reconnaissance et de soutien en période de crise sont en jeu. Gallimard, de son côté, semble vouloir rétablir ce qu’elle considère comme la vérité des faits, tout en évitant de prolonger une polémique qui pourrait nuire à sa réputation. L’affaire pourrait également relancer le débat sur le rôle des éditeurs face à des auteurs emprisonnés pour leurs opinions politiques.
Alors que Boualem Sansal continue de promouvoir La Légende dans les médias, Gallimard semble déterminée à ne pas laisser les accusations sans réponse. La suite de ce différend dépendra probablement de la réaction de l’écrivain et de la volonté des deux parties de tourner la page ou de poursuivre un échange qui, pour l’instant, reste empreint d’amertume. Le monde littéraire français observe avec attention cette querelle qui, au-delà des protagonistes, interroge les rapports de force et de confiance au sein de l’édition contemporaine.