Kiev avait ordonné sa destruction pour éviter que Moscou ne s'en empare: comment le canon Bohdana est devenu la star de l'artillerie ukrainienne (mais est aujourd'hui menacé)

## Le canon Bohdana, symbole de l'artillerie ukrainienne, menacé par l'arrêt des commandes L'entreprise ukrainienne KZTS (Usine d'outillage lourd de Kramatorsk)
## Le canon Bohdana, symbole de l'artillerie ukrainienne, menacé par l'arrêt des commandes
L'entreprise ukrainienne KZTS (Usine d'outillage lourd de Kramatorsk), fabricante du canon automoteur Bohdana, affirme n'avoir reçu aucune commande de Kiev depuis plusieurs mois. Une situation qui, selon ses dirigeants, pourrait la contraindre à cesser ses activités et à placer son personnel en congé sans solde, alors que le Bohdana s'est imposé comme la pièce maîtresse de l'artillerie ukrainienne depuis le début du conflit.
## Un prototype sauvé in extremis au début de la guerre
L'histoire du Bohdana commence dans les tout premiers instants de l'invasion russe. Un missile russe s'écrase sur une usine située près de Kramatorsk, dans l'est de l'Ukraine, site appartenant à KZTS. Face à la menace que l'unique prototype du canon ne tombe entre les mains des forces russes, Kiev ordonne alors sa destruction. Mais faute d'explosifs disponibles sur place, l'ordre ne sera jamais exécuté, rapporte BFM Business. L'engin est finalement démonté, déplacé loin du front, puis remonté. Il réapparaît au printemps 2022 sur le champ de bataille, où il contribuera à la prise ukrainienne de l'île aux Serpents, en mer Noire.
## Une montée en puissance spectaculaire
Les performances du canon convainquent Kiev de lancer une production à plus grande échelle. Fin 2023, une trentaine d'unités Bohdana opèrent déjà au sein de l'armée ukrainienne. La cadence s'accélère ensuite fortement, au point que le système représenterait environ 70 % de l'artillerie ukrainienne, aux côtés notamment des canons Caesar livrés par la France. Cette montée en puissance a été rendue possible par une dispersion des sites de production dans une vingtaine de villes différentes et par un recrutement massif de main-d'œuvre. Si aucun chiffre officiel n'est communiqué, certaines informations évoquent plus d'un millier de systèmes produits depuis le début du programme. Tous ne seraient toutefois plus fonctionnels, un certain nombre ayant été détruits ou endommagés au combat.
## Une menace industrielle aux conséquences stratégiques
L'absence de nouvelles commandes place aujourd'hui KZTS dans une position délicate. Selon l'entreprise, sans contrat dans les mois à venir, elle pourrait être contrainte de suspendre son activité et de mettre ses salariés en congé sans solde. Cette situation intervient alors que le Bohdana demeure un pilier de la doctrine d'artillerie ukrainienne, comme en témoignent les missions de combat menées récemment par des soldats de la 44e brigade d'artillerie indépendante, équipés de l'obusier automoteur. La dépendance accrue de Kiev à cette production nationale, dans un contexte où les livraisons occidentales restent soumises à des aléas politiques et logistiques, rend l'avenir industriel de KZTS d'autant plus sensible.
Le devenir du Bohdana illustre ainsi un enjeu plus large : la capacité de l'Ukraine à soutenir dans la durée une base industrielle de défense nationale, fragilisée par les frappes russes et l'irrégularité des commandes. La décision de Kiev sur de futurs contrats sera déterminante pour la survie de KZTS et, plus largement, pour l'autonomie capacitaire de l'artillerie ukrainienne dans les mois à venir.