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Kader Attia, plasticien : « Il faut tout faire pour entrer en immersion dans la culture de l’autre »

Culture · · Par Emma ROUSSEAU

Kader Attia, plasticien : « Il faut tout faire pour entrer en immersion dans la culture de l’autre »

Kader Attia, l’altérité comme matière première de l’art Le plasticien français d’origine algérienne Kader Attia livre, dans un entretien accordé au Monde, une r

Kader Attia, l’altérité comme matière première de l’art

Le plasticien français d’origine algérienne Kader Attia livre, dans un entretien accordé au Monde, une réflexion profonde sur la notion d’altérité, qu’il érige en véritable moteur de sa pratique artistique. Pour l’artiste, dont l’œuvre explore depuis plus de deux décennies les blessures de l’histoire coloniale et les échanges entre les cultures, l’immersion dans la culture de l’autre ne relève pas d’une simple curiosité intellectuelle mais d’une nécessité vitale. Cette position, exposée dans le cadre de la série « Artistes à l’œuvre », pourrait surprendre par sa radicalité, tant elle semble contrevenir aux logiques contemporaines de cloisonnement identitaire.

Une quête nourrie par la dualité des origines

Né à Dugny, en Seine-Saint-Denis, d’un père algérien et d’une mère française, Kader Attia a grandi dans un entre-deux culturel qui a profondément structuré sa vision du monde. Cette double appartenance, loin de constituer un frein, a forgé chez lui une sensibilité particulière aux fractures et aux réparations — thèmes centraux de son œuvre, des installations aux vidéos en passant par la sculpture. L’artiste a d’ailleurs passé une partie de sa jeunesse en Algérie, à Alger, puis à Kinshasa, en République démocratique du Congo, des expériences qui ont élargi son horizon bien au-delà des frontières européennes. Selon ses propres termes rapportés par Le Monde, il exprime un attachement profond aux différentes cultures et à cette « altérité » qui irrigue l’ensemble de son travail. Son parcours, jalonné de résidences et de voyages, témoigne d’une conviction : l’art ne peut émerger que d’une confrontation sincère avec l’inconnu.

L’immersion comme acte politique et esthétique

Dans cet entretien, Kader Attia insiste sur la nécessité de « tout faire pour entrer en immersion dans la culture de l’autre », une formule qui résonne comme un manifeste. Pour lui, cette démarche ne saurait se limiter à une observation distante ou à une approche muséale des traditions. Elle exige au contraire un engagement total du corps et de l’esprit, une disponibilité radicale à l’échange. Cette position s’inscrit dans la continuité de ses réflexions sur la « réparation », notion qu’il explore notamment à travers le prisme de l’histoire coloniale et des violences systémiques. L’artiste, dont les œuvres ont été exposées dans les plus grandes institutions internationales — de la Documenta de Kassel à la Biennale de Venise —, considère que l’artiste doit se faire « passeur » entre les mondes, un médiateur capable de tisser des ponts là où persistent des fossés. Cette exigence, selon lui, est d’autant plus cruciale dans un contexte global marqué par la montée des nationalismes et le repli identitaire.

Un héritage artistique en dialogue avec le monde

Loin de se cantonner à une posture théorique, Kader Attia a matérialisé ces convictions à travers des œuvres emblématiques où se mêlent objets trouvés, archives historiques et matériaux bruts. Son travail sur la « réparation » s’inspire notamment des techniques traditionnelles de restauration, comme celles pratiquées au Japon avec le kintsugi, mais aussi des pratiques vernaculaires africaines et sud-américaines. Cette approche syncrétique, qui brouille les frontières entre art contemporain et artisanat, entre mémoire et création, fait de lui l’une des figures majeures de la scène artistique internationale. Dans l’entretien accordé au Monde, l’artiste rappelle que cette ouverture à l’autre n’est pas une option mais une obligation morale, un devoir d’humilité face à la richesse inépuisable des cultures humaines. Une position qui, à l’heure des crispations et des replis, apparaît plus que jamais nécessaire, sinon salutaire.

Conclusion : un plaidoyer pour la rencontre

En définitive, Kader Attia nous invite à repenser notre rapport à l’altérité non comme une menace, mais comme une source inépuisable de création et de connaissance. Son plaidoyer pour l’immersion culturelle, formulé dans les colonnes du Monde, pourrait bien constituer l’un des enseignements majeurs de cette série « Artistes à l’œuvre », qui donne la parole aux créateurs de notre temps. Alors que les débats sur l’identité et l’appartenance s’intensifient, la voix de l’artiste résonne comme un appel à la curiosité, à l’ouverture et à la nuance. Une invitation à considérer que c’est précisément dans la rencontre — parfois inconfortable, toujours enrichissante — avec l’autre que se joue l’avenir de notre humanité commune.