Journalistes, hommes politiques, militants… Comment les services de renseignements marocains ont utilisé le logiciel Pegasus pour espionner en masse ?

# Espionnage massif au Maroc : comment le logiciel Pegasus a ciblé journalistes, politiques et militants Une enquête internationale publiée cette semaine par le
# Espionnage massif au Maroc : comment le logiciel Pegasus a ciblé journalistes, politiques et militants
Une enquête internationale publiée cette semaine par le consortium Forbidden Stories, en collaboration avec quatorze médias partenaires, détaille l'utilisation systématique du logiciel espion Pegasus par les services de renseignements marocains depuis 2017. Selon les informations révélées par cette investigation, plusieurs centaines de personnalités, dont des journalistes, des hommes politiques et des militants des droits humains, auraient été ciblées par ce programme de surveillance de masse.
## Un système de surveillance d'une ampleur inédite
D'après les éléments recueillis par Forbidden Stories et ses partenaires médiatiques, le logiciel Pegasus, développé par la société israélienne NSO Group, aurait été déployé à grande échelle par les services de renseignement marocains. Ce programme, conçu initialement pour lutter contre le terrorisme et la criminalité organisée, permettrait d'infecter à distance des téléphones portables et d'en extraire l'intégralité des données : messages, appels, photos, localisation et même l'activation à distance des microphones et caméras.
L'enquête s'appuierait sur une fuite de données sans précédent, comprenant une liste de plus de 50 000 numéros de téléphone sélectionnés par les clients de NSO Group à travers le monde. Parmi ces numéros, plusieurs centaines seraient directement liés à des cibles marocaines, selon les analyses croisées menées par les journalistes d'investigation.
## Des cibles variées issues de la société civile
Les révélations de l'enquête pointent notamment le ciblage de figures médiatiques et politiques. Parmi les personnalités dont les numéros auraient été inscrits sur la liste figurent des journalistes marocains travaillant pour des médias nationaux et internationaux, ainsi que des opposants politiques et des défenseurs des droits de l'homme. Selon des sources proches de l'enquête, plusieurs militants sahraouis et membres du mouvement Hirak auraient également été surveillés.
Cette affaire rappelle les précédentes révélations concernant l'utilisation de Pegasus dans d'autres pays, notamment en Arabie Saoudite, aux Émirats arabes unis ou encore en Inde. Le Maroc aurait cependant développé une capacité d'espionnage particulièrement étendue, ciblant aussi bien des acteurs nationaux qu'internationaux.
## Les réactions officielles et les implications diplomatiques
Face à ces accusations, les autorités marocaines ont fermement démenti toute utilisation illégale du logiciel Pegasus. Selon des déclarations officielles relayées par l'agence de presse marocaine MAP, le Royaume respecterait scrupuleusement les cadres juridiques nationaux et internationaux en matière de surveillance. Le gouvernement marocain a également évoqué une campagne de déstabilisation visant à ternir son image.
Cette controverse survient dans un contexte diplomatique déjà tendu entre le Maroc et plusieurs pays européens. La France, l'Allemagne et l'Espagne, dont des ressortissants figureraient parmi les cibles potentielles, pourraient demander des éclaircissements à Rabat. L'Union européenne, par la voix de sa Commission, a déjà exprimé sa préoccupation face à ces révélations et pourrait envisager des sanctions si les faits venaient à être confirmés.
## Un débat relancé sur l'encadrement des technologies de surveillance
Cette enquête relance le débat sur la régulation des logiciels espions et sur les responsabilités des entreprises qui les développent. NSO Group, qui affirme ne vendre ses produits qu'à des États respectant les droits humains, se trouve une nouvelle fois au cœur d'une polémique internationale. L'entreprise israélienne a déjà été inscrite sur une liste noire du département du Commerce américain en 2021, limitant ses exportations.
La question de l'encadrement juridique de ces technologies de surveillance devrait être abordée lors des prochaines réunions du Parlement européen, où plusieurs députés ont appelé à une régulation plus stricte des exportations de logiciels espions. L'affaire Pegasus pourrait ainsi accélérer la mise en place d'un cadre légal international visant à prévenir les dérives sécuritaires tout en préservant les capacités légitimes de renseignement des États.
Les investigations de Forbidden Stories et de ses partenaires se poursuivent, laissant présager de nouvelles révélations dans les semaines à venir sur l'ampleur réelle de ce système de surveillance de masse.