Jérôme Fourquet : « Les Verts ne profitent pas sur le plan électoral des catastrophes climatiques ou naturelles »

L’été caniculaire de 2026 et ses conséquences visibles — cours d’eau à sec, incendies ravageurs, phénomènes météorologiques extrêmes — n’ont pas, selon les trav
L’été caniculaire de 2026 et ses conséquences visibles — cours d’eau à sec, incendies ravageurs, phénomènes météorologiques extrêmes — n’ont pas, selon les travaux de Jérôme Fourquet, entraîné de dynamique électorale significative en faveur des formations écologistes. Cette analyse, publiée dans une note conjointe de la Fondation Jean Jaurès et du Figaro, interroge le lien entre sensibilité environnementale et comportement de vote à l’approche de l’élection présidentielle de 2027, pour laquelle la secrétaire nationale des Écologistes, Marine Tondelier, est déjà candidate déclarée.
## Un décalage persistant entre opinion et urnes
Selon les données rapportées par Le Figaro, la part des sondés considérant comme « prioritaire » le thème de l’environnement et de la lutte contre le changement climatique est passée de 47 % en janvier à 64 % à la fin du mois d’août, d’après une enquête Ifop-Fiducial réalisée pour Sud Radio. Cette hausse de 17 points en quelques mois témoignerait d’un véritable choc d’opinion consécutif aux événements climatiques hors norme observés durant l’été.
Cependant, Jérôme Fourquet souligne dans sa note que ces traumatismes climatiques ou écologiques récents n’ont pas profité à la formation écologiste sur le plan électoral. Ce constat, qui s’appuie sur l’analyse des précédentes séquences de ce type, suggère l’existence d’un décalage structurel entre la prise de conscience environnementale mesurée par les sondages et les arbitrages politiques des électeurs au moment de voter.
Cette dissociation entre sensibilité déclarée et comportement électoral effectif constituerait une caractéristique durable du paysage politique français, que les épisodes climatiques extrêmes ne sembleraient pas remettre en cause, malgré leur intensité croissante.
## Une sensibilité environnementale qui ne se traduit pas dans les intentions de vote
Les travaux de Jérôme Fourquet, directeur du pôle opinion et stratégies d’entreprises de l’Ifop, s’inscrivent dans une série d’analyses consacrées à l’évolution du rapport des Français aux enjeux écologiques. La note publiée par la Fondation Jean Jaurès et Le Figaro intervient dans un contexte où les observateurs et commentateurs pronostiquaient un possible électrochoc dans l’opinion à la suite des événements de l’été.
Les premiers sondages réalisés à chaud semblaient en effet indiquer une nette progression de la préoccupation environnementale dans la population. Cette évolution rapide de l’opinion n’aurait toutefois pas d’équivalent dans les intentions de vote en faveur des candidats écologistes, qui peineraient à capitaliser électoralement sur ces épisodes de sensibilisation massive.
Le phénomène avait déjà été observé lors de précédents épisodes climatiques marquants, où l’augmentation temporaire de l’attention portée aux questions environnementales ne s’était pas traduite par une progression durable des scores électoraux des formations vertes, selon les éléments rapportés par l’étude.
## Le précédent des mobilisations et leur traduction politique limitée
L’analyse de Jérôme Fourquet s’inscrit également dans un contexte marqué par des précédents de mobilisation citoyenne en faveur du climat, notamment les grandes manifestations de 2019 qui avaient rassemblé plusieurs centaines de milliers de personnes à travers la France. Ces mobilisations n’avaient pas non plus produit d’effet mécanique sur les résultats électoraux des listes écologistes lors des scrutins suivants.
Le score obtenu par Yannick Jadot à l’élection présidentielle de 2022, légèrement supérieur à 4,6 % des suffrages exprimés, illustrerait cette difficulté à convertir une préoccupation sociétale croissante en capital électoral. Les écologistes français se trouveraient ainsi dans une situation paradoxale : tandis que la demande sociale pour des politiques environnementales ambitieuses progresse, l’offre politique spécifiquement écologiste ne parviendrait pas à élargir significativement son audience électorale.
Cette configuration pourrait s’expliquer par plusieurs facteurs, parmi lesquels la capacité des partis de gouvernement à intégrer partiellement les enjeux climatiques dans leurs programmes, ainsi que la hiérarchisation des priorités des électeurs au moment du vote, où d’autres considérations économiques et sociales prendraient le dessus.
## Une équation politique qui demeure ouverte pour 2027
Alors que Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, s’est déclarée candidate à l’élection présidentielle de 2027, la question de la traduction électorale de la sensibilité environnementale demeure entière. Les enseignements tirés par Jérôme Fourquet de l’analyse des épisodes précédents laisseraient présager des difficultés pour la candidate écologiste à capitaliser sur les conséquences des catastrophes climatiques récentes.
Toutefois, les éléments rassemblés dans cette note ne permettent pas d’établir une certitude définitive quant aux comportements électoraux à venir. L’accumulation d’événements extrêmes, leur intensité croissante et leur médiatisation pourraient à terme modifier cette équation politique, sans qu’il soit possible de déterminer avec précision le seuil à partir duquel un basculement interviendrait.
La séquence électorale de 2027 constituerait ainsi un test grandeur nature pour mesurer l’évolution éventuelle de ce rapport entre traumatismes climatiques et comportement électoral, dans un contexte où les conséquences tangibles du réchauffement se font chaque année plus perceptibles sur le territoire français.