Jean-Luc Mélenchon veut bloquer les marges des raffineurs, c'est possible? On a décortiqué l'explosion des prix: jusqu'à 13 centimes par litre viennent de la hausse des marges

## Le blocage des marges des raffineurs : une idée séduisante mais un casse-tête européen Alors que les prix à la pompe continuent de peser sur le pouvoir d'ach
## Le blocage des marges des raffineurs : une idée séduisante mais un casse-tête européen
Alors que les prix à la pompe continuent de peser sur le pouvoir d'achat des ménages français, Jean-Luc Mélenchon a relancé, mercredi 23 septembre, l'idée d'un blocage des marges des raffineurs. Selon une note publiée le même jour par Eric Dor, directeur des études économiques à l'IÉSEG School of Management, ces marges expliquent jusqu'à 13 centimes par litre de la hausse observée depuis février. Une mesure qui, sur le papier, pourrait soulager les automobilistes, mais qui se heurte à la réalité d'un marché européen des carburants.
## Une hausse des prix largement portée par le pétrole brut
Pour bien comprendre l'enjeu, il faut d'abord décomposer la flambée des prix. Entre le 27 février et le 18 septembre, le prix moyen du SP95 est passé de 1,708 à 2,151 euros le litre, soit une progression de 44,3 centimes. Selon les calculs de l'IESEG, 32 centimes de cette hausse proviennent de l'augmentation du coût du pétrole brut contenu dans chaque litre. Autrement dit, près des trois quarts de la flambée s'expliquent par le cours du baril, et non par les acteurs du raffinage. La marge des raffineurs constitue donc une part minoritaire, mais non négligeable, du phénomène. Les 13 centimes identifiés par l'économiste représentent tout de même une somme considérable à l'échelle de la consommation nationale.
## Ce que proposent les partisans du blocage
Le fondateur de La France insoumise défend une mesure simple dans son principe : empêcher les raffineurs d'augmenter leurs marges pour profiter de la crise énergétique. « Qu'on ne nous dise pas que Total s'écroulerait aussitôt », a-t-il lancé mercredi 23 septembre, anticipant les arguments de l'industrie. L'idée séduit une partie de l'opinion, d'autant que les résultats des majors pétrolières ont explosé ces derniers trimestres. Bloquer ces marges rendrait, en théorie, plusieurs centimes par litre aux automobilistes sans toucher aux recettes fiscales de l'État, contrairement à une baisse de la TVA ou de la TICPE.
## Un obstacle majeur : un marché européen et des importations massives
La difficulté est ailleurs. Les prix des carburants se forment à l'échelle européenne, rappelle la note de l'IESEG. Une grande partie du diesel consommé en France est importée, ce qui signifie qu'un blocage unilatéral des marges sur le sol français ne s'appliquerait qu'à une fraction du carburant vendu. Les raffineurs pourraient réduire leur production nationale ou rediriger leurs volumes vers des marchés plus rémunérateurs, créant des tensions d'approvisionnement. Un plafonnement strict risquerait donc de produire l'effet inverse de celui recherché, en renchérissant les importations nécessaires pour compenser la baisse de l'offre locale.
## Un débat qui interroge la fiscalité et la régulation
Derrière cette proposition, c'est la question de la régulation des marchés de l'énergie qui est posée. L'État français dispose de leviers fiscaux immédiats, mais son pouvoir sur les marges de raffinage reste limité par le cadre européen et la liberté de circulation des produits pétroliers. Une action coordonnée au niveau de l'Union européenne serait sans doute plus efficace, mais elle se heurte à la divergence des intérêts entre États membres. En attendant, le débat sur le partage de la valeur entre producteurs, distributeurs et consommateurs devrait continuer d'animer la scène politique à mesure que les prix restent élevés.