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Jean-Éric Schoettl : «Comment la justice peut relever la tête après l’affaire Lyhanna»

Une · · Par Claire BERNARD

Jean-Éric Schoettl : «Comment la justice peut relever la tête après l’affaire Lyhanna»

Jean-Éric Schoettl : « Comment la justice peut relever la tête après l’affaire Lyhanna » Alors qu’un rapport officiel a été remis ce 22 juin au Premier ministre

Jean-Éric Schoettl : « Comment la justice peut relever la tête après l’affaire Lyhanna »

Alors qu’un rapport officiel a été remis ce 22 juin au Premier ministre sur les manquements constatés dans l’affaire Lyhanna, l’ancien secrétaire général du Conseil constitutionnel, Jean-Éric Schoettl, livre une analyse sans concession des dysfonctionnements de la justice française. Dans une tribune publiée par Le Figaro, il propose une série de mesures concrètes pour restaurer la crédibilité de l’institution judiciaire, mise à mal par ce drame qui a profondément ému l’opinion publique.

Un constat accablant sur les causes systémiques

Selon Jean-Éric Schoettl, le fonctionnement défectueux de la justice serait à l’origine de drames comme celui de la petite Lyhanna. Il identifie des causes multiples, à la fois systémiques et individuelles. Parmi les premières, il évoque l’engorgement des cours et tribunaux, l’insuffisance des effectifs, mais aussi une mauvaise articulation entre police, gendarmerie et justice. L’ancien haut magistrat pointe également la complexité des règles applicables et l’instabilité chronique de la législation, qui fragilisent la capacité des juges à agir avec efficacité. Il dénonce par ailleurs une faible culture gestionnaire chez les magistrats, une gestion défaillante des ressources humaines et des rigidités bureaucratiques paralysantes. Le corpus législatif et réglementaire français, en expansion et en réécriture permanentes, atteindrait aujourd’hui près de 50 millions de mots, ce qui constituerait un obstacle majeur à une justice rapide et lisible.

Des outils informatiques inadaptés

Parmi les causes techniques, Jean-Éric Schoettl pointe particulièrement l’inadaptation de l’informatique judiciaire. Il cite en exemple le logiciel Cassiopée, qui suit les procédures pénales, qualifié de « lourd et toujours en retard d’une ou plusieurs réformes ». Ce constat soulignerait un décalage persistant entre les besoins opérationnels des magistrats et les outils mis à leur disposition. Selon lui, cette obsolescence technique contribuerait directement à l’allongement des délais de traitement des affaires et à la perte de confiance des citoyens dans l’institution. L’ancien secrétaire général du Conseil constitutionnel insiste sur la nécessité d’une modernisation profonde des systèmes d’information pour garantir une justice plus réactive, mieux coordonnée avec les forces de l’ordre et capable de prévenir les drames.

Des pistes pour une réforme en profondeur

Face à ce tableau, Jean-Éric Schoettl ne se contente pas de diagnostiquer. Il propose des mesures concrètes pour que la justice puisse « relever la tête ». Parmi celles-ci, il préconise une réforme de la gestion des carrières des magistrats, afin de privilégier les compétences managériales et l’efficacité opérationnelle. Il suggère également une simplification radicale du droit, en réduisant le volume des textes et en stabilisant les réformes. Enfin, il appelle à une meilleure coordination entre les différents acteurs de la chaîne pénale, de la police à la justice, en passant par la protection judiciaire de la jeunesse. Ces propositions, formulées dans le cadre du rapport remis au Premier ministre, visent à éviter que des failles systémiques ne conduisent à de nouveaux drames. L’affaire Lyhanna, par sa gravité, pourrait ainsi servir de catalyseur pour une refonte attendue du système judiciaire français.