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"Je ne veux pas parler devant la caméra, on se connaît tous ici": dans l'ombre de la guerre, les "mafias de l'ambre" regagnent du terrain en Ukraine alors que la valeur de la pierre dorée a explosé

Economie · · Par Julie MOREAU

## Ambre ukrainien : la ruée vers l'or doré échappe de nouveau au contrôle de Kiev L'invasion russe de l'Ukraine, déclenchée en février 2022, a profondément bou

## Ambre ukrainien : la ruée vers l'or doré échappe de nouveau au contrôle de Kiev L'invasion russe de l'Ukraine, déclenchée en février 2022, a profondément bouleversé la lutte engagée par Kiev contre l'exploitation illégale de l'ambre. Selon les informations rapportées par BFM Business, ce commerce très lucratif, gangrené par les trafics et les réseaux mafieux, connaît une résurgence préoccupante dans le nord-ouest du pays. La suspension des inspections et des audits environnementaux, conséquence directe de la loi martiale, a réduit la visibilité des autorités sur les activités minières. ## Une région marquée par des années d'exploitation sauvage Debout parmi les souches, Oleksandre soupire. Un marécage stérile, quelques buissons : voilà ce qu'il reste d'une luxuriante pinède du nord-ouest de l'Ukraine, ravagée par l'extraction illégale d'ambre. Cet ancien prospecteur clandestin, qui a requis l'anonymat, résume la pression sociale qui pèse encore sur ceux qui osent parler. « Je ne veux pas parler devant la caméra, on se connaît tous ici, les gens ne comprendraient pas », confie-t-il à BFM Business. Reconverti dans une société minière officielle, il perçoit désormais un salaire fixe, fruit de la lutte lancée par l'État ukrainien en 2019. ## Près de 70 % de la production échapperait au contrôle étatique Cette embellie réglementaire aura été de courte durée. Avec la guerre, le spectre des « mafias de l'ambre » ressurgit dans la région de Rivné. Oleg Boguelsky, copropriétaire du groupe ukrainien Amber Galbine, estime auprès de BFM Business qu'environ 60 à 70 % de l'ambre ukrainien serait aujourd'hui d'origine illégale. Un chiffre qui témoigne de l'ampleur du phénomène et de la difficulté, pour les autorités, à reprendre la main sur un secteur dont les circuits de commercialisation demeurent largement opaques. ## Une fièvre déclenchée par la demande chinoise Pour comprendre cette ruée, il faut remonter aux années 2000. L'ambre, pierre dorée issue de résines fossiles, s'impose alors comme un incontournable de la mode en Chine, portée par une croissance économique exponentielle. Face à la demande, sa valeur explose : elle augmente de près de 1 000 % entre 2010 et 2015, selon les données citées par BFM Business. La « fièvre » de l'ambre s'empare de la région de Rivné, dont les sous-sols sont particulièrement riches. Oleksandre se lance alors « comme tout le monde, illégalement ». Hors de tout contrôle étatique, cette ruée attire une main-d'œuvre pauvre, prête à creuser toujours plus profond pour arracher la précieuse résine. ## Un enjeu économique et sécuritaire pour Kiev La reprise de l'extraction illégale pose un double problème à l'Ukraine. Économique d'abord, puisque l'État est privé de recettes fiscales substantielles sur un marché dont la valeur a été multipliée par dix en cinq ans. Sécuritaire ensuite, car ces réseaux prospèrent dans les zones grises créées par le conflit, où le contrôle territorial est disputé et les moyens de surveillance détournés vers l'effort de guerre. La question de la régulation de l'ambre s'inscrit ainsi dans un défi plus large : celui de la reconstruction institutionnelle d'un pays dont une partie du territoire et de l'économie échappe, pour l'heure, à toute autorité centralisée.