«Je me suis fait piéger» : les recruteurs dépassés par l’essor des candidats coachés en direct par l’IA

Recrutement : face aux candidats coachés en temps réel par l’IA, les recruteurs cherchent la parade L’usage de l’intelligence artificielle dans le processus de
Recrutement : face aux candidats coachés en temps réel par l’IA, les recruteurs cherchent la parade
L’usage de l’intelligence artificielle dans le processus de recrutement ne se limite plus à la rédaction de CV ou à la préparation des entretiens. Selon un article du Figaro publié le 6 août 2026, des candidats utilisent désormais des outils capables de leur souffler les réponses en direct pendant les entretiens en visioconférence. Cette pratique, qui se diffuse dans les secteurs de la tech et du commercial, laisse les professionnels des ressources humaines démunis face à un nouveau type de fraude qu’ils peinent à détecter.
Des candidats « à la pointe » qui s’effondrent dès l’embauche
Le témoignage rapporté par Le Figaro illustre l’ampleur du phénomène. Manon, une trentenaire chargée de recrutement pour une entreprise américaine de la tech basée à Paris, raconte avoir été séduite par un junior commercial lors d’un entretien en visioconférence. « Je l’ai trouvé à la pointe sur certains sujets techniques », confie-t-elle. Convaincue par la prestation, elle décide de l’embaucher. Toutefois, dès le premier jour de la nouvelle recrue au bureau, les signes d’alerte se multiplient. « J’ai fait référence à des notions mentionnées pendant notre rendez-vous : il ne voyait pas de quoi je parlais », explique-t-elle. Un second signal la conforte dans son intuition : « Il avait une utilisation de l’IA très systématique et m’envoyait des synthèses faites par ChatGPT, manifestement peu maîtrisées ». La période d’essai est rapidement écourtée, la recruteuse comprenant que son candidat avait été assisté en temps réel par une intelligence artificielle. « Je me suis fait piéger par l’IA. J’ai été un peu naïve », admet-elle.
Une pratique difficile à détecter et à prouver
Par ailleurs, cette nouvelle forme d’assistance soulève des questions méthodologiques pour les recruteurs. Contrairement à une préparation classique, le coaching en direct par l’IA ne laisse que peu de traces tangibles. Les réponses, bien que techniquement correctes, peuvent paraître artificiellement fluides ou excessivement structurées. Les professionnels des ressources humaines interrogés par Le Figaro indiquent que la détection repose souvent sur des intuitions post-embauche, comme l’écart entre le discours tenu lors de l’entretien et les compétences réellement démontrées en situation de travail. Ce décalage, difficile à anticiper, contraint les entreprises à renforcer leurs procédures de vérification, notamment par des tests pratiques ou des mises en situation en présentiel. Cependant, ces mesures ne semblent pas encore suffisamment systématisées pour endiguer le phénomène, d’autant plus que les outils d’IA évoluent rapidement et deviennent plus difficiles à repérer.
Vers une adaptation nécessaire des méthodes d’évaluation
Toutefois, cette évolution pourrait conduire à une refonte des pratiques de recrutement. Certains responsables RH envisagent de privilégier les échanges en présentiel ou d’introduire des exercices techniques improvisés, impossibles à assister par des outils externes. D’autres, selon les informations rapportées par Le Figaro, travailleraient sur des grilles d’évaluation comportementales plus fines, capables de repérer les incohérences entre le discours et les compétences pratiques. Si aucune solution unique ne semble émerger, la généralisation de ces pratiques d’assistance par IA pourrait, à terme, redéfinir les critères de confiance entre candidats et employeurs. La question de l’éthique de ces outils se pose également, alors que les frontières entre préparation légitime et assistance frauduleuse deviennent de plus en plus floues. Dans un marché de l’emploi où la visioconférence s’est imposée, la capacité des recruteurs à distinguer la compétence réelle de la performance assistée pourrait devenir un enjeu central des prochaines années.