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« Je classe amoureusement mes fichiers MP3 » : pourquoi les baladeurs audio font de nouveaux adeptes

Culture · · Par Emma ROUSSEAU

« Je classe amoureusement mes fichiers MP3 » : pourquoi les baladeurs audio font de nouveaux adeptes

## Le retour du baladeur : quand la musique redevient un objet Alors que le streaming règne sans partage sur nos oreilles depuis plus d'une décennie, une contre

## Le retour du baladeur : quand la musique redevient un objet Alors que le streaming règne sans partage sur nos oreilles depuis plus d'une décennie, une contre-culture discrète gagne du terrain. Selon Le Monde Culture, iPod, lecteurs MP3 et même lecteurs CD suscitent un regain d'intérêt notable. Loin d'être un simple caprice nostalgique, ce phénomène révèle une aspiration plus profonde : celle d'une écoute attentive, choisie, presque artisanale, à rebours de la consommation musicale illimitée. ## Une réaction à l'abondance Le constat est connu : les plateformes de streaming offrent un accès quasi infini à des millions de titres. Mais cette profusion, paradoxalement, engendre une forme de saturation. L'utilisateur zappe, survole, oublie. Le baladeur audio impose au contraire une contrainte salutaire : celle de la sélection. Comme le résume un adepte cité par Le Monde Culture, « je classe amoureusement mes fichiers MP3 ». Derrière cette phrase anodine se cache une philosophie : prendre le temps de constituer sa bibliothèque, de nommer ses morceaux, de leur donner une place. La musique redevient un bien que l'on possède, et non un flux que l'on subit. ## Posséder plutôt que louer Cette tendance s'inscrit dans un mouvement plus large de défiance envers la location permanente. Livres papier, vinyles, appareils photo argentiques : les objets physiques retrouvent une valeur symbolique face à la dématérialisation. Le lecteur MP3, souvent décrié comme obsolète, devient ainsi un refuge. Il ne dépend d'aucun abonnement, d'aucune connexion, d'aucune recommandation algorithmique. L'auditeur redevient maître de son écoute. Ce besoin de possession s'accompagne d'une exigence de qualité : posséder un fichier, c'est aussi pouvoir le conserver, le transférer, le transmettre. ## Ralentir pour mieux écouter Le regain d'intérêt pour ces appareils traduit enfin un désir de ralentissement. Là où le streaming encourage la découverte frénétique, le baladeur invite à la répétition, à l'approfondissement. Écouter un album du début à la fin, sans interruption publicitaire ni suggestion automatique, relève désormais d'une démarche presque contemplative. Ce rapport apaisé à la musique n'est pas sans rappeler celui des mélomanes d'autrefois, qui manipulaient vinyles et cassettes avec soin. ## Un phénomène encore marginal, mais révélateur Rien n'indique que ces appareils détrôneront le streaming, dont la domination reste écrasante. Mais leur persistance, voire leur progression, dit quelque chose de notre époque : une lassitude face à l'abondance, un désir de reprendre la main sur ses choix culturels. Le baladeur audio, objet d'un autre temps, devient ainsi un symbole discret de résistance à la consommation passive. Une manière, peut-être, de réapprendre à écouter vraiment.