"J’aime bien titiller le voyou" : après 46 ans de service, Jean-Marie Beney raccroche à Montpellier sa robe de procureur-général

Jean-Marie Beney quitte le parquet général de Montpellier après quarante-six années de carrière judiciaire, dont sept à la tête de la juridiction régionale. Le
Jean-Marie Beney quitte le parquet général de Montpellier après quarante-six années de carrière judiciaire, dont sept à la tête de la juridiction régionale. Le haut magistrat, connu pour son franc-parler et son engagement contre la délinquance organisée, a officiellement raccroché sa robe le 31 août dernier. Dans un entretien accordé à Midi Libre, il revient sur un parcours hors norme, marqué par une volonté constante de « titiller le voyou ».
Un magistrat de terrain à la tête du parquet général
Nommé procureur général près la cour d’appel de Montpellier en 2016, Jean-Marie Beney supervisait l’action judiciaire dans quatre départements : l’Aude, l’Aveyron, les Pyrénées-Orientales et l’Hérault. Ce vaste ressort, qui couvre des territoires allant des zones rurales aux métropoles, lui a permis de développer une approche pragmatique de la justice, loin des cabinets parisiens. Selon des informations rapportées par Midi Libre, le magistrat n’hésitait pas à se déplacer régulièrement sur le terrain pour rencontrer les forces de l’ordre et les élus locaux.
Entré à l’École nationale de la magistrature en 1980, il a gravi tous les échelons de la hiérarchie judiciaire. Son parcours l’a mené de postes d’instruction à des fonctions de direction, avant d’accéder à la plus haute fonction du parquet régional. Cette longévité exceptionnelle — quarante-six ans de service — en fait l’un des magistrats les plus expérimentés de sa génération en France.
« Titiller le voyou » : une philosophie d’action assumée
L’expression choc employée par Jean-Marie Beney résume sa vision du métier. « J’aime bien titiller le voyou », a-t-il confié à Midi Libre, sans détour. Pour lui, le rôle du parquet ne se limite pas à une gestion administrative des dossiers : il s’agit d’une mission proactive de lutte contre la criminalité, qu’elle soit économique, organisée ou de droit commun. Cette approche, parfois jugée intrusive par certains avocats, a pourtant été saluée par les enquêteurs, qui y voyaient un soutien sans faille.
Le procureur général sortant a notamment été confronté à des affaires complexes de trafic de stupéfiants, de blanchiment d’argent et de violences urbaines. Sous son impulsion, le parquet général de Montpellier a renforcé les liens avec les services d’enquête spécialisés, créant des pôles dédiés à la criminalité organisée. D’après des sources judiciaires, cette politique aurait permis d’accélérer certaines procédures sensibles.
Un départ qui laisse un vide dans le paysage judiciaire régional
Le départ de Jean-Marie Beney intervient dans un contexte de tensions croissantes au sein de l’institution judiciaire, marquée par des revendications salariales et des difficultés de recrutement. Son successeur, qui n’a pas encore été officiellement désigné, devra composer avec un héritage lourd : celui d’un magistrat qui n’a jamais craint d’affirmer ses positions, quitte à susciter des controverses.
La cérémonie de départ, organisée dans les salons de la cour d’appel de Montpellier, a réuni de nombreux magistrats, avocats et représentants des forces de l’ordre. Selon Midi Libre, plusieurs discours ont salué « un homme de conviction, fidèle à ses principes ». Jean-Marie Beney, lui, a simplement déclaré qu’il comptait désormais se consacrer à sa famille et à l’écriture d’un ouvrage sur son expérience.
Une carrière au service d’une justice exigeante
Au-delà de l’anecdote et de la formule choc, le parcours de Jean-Marie Beney illustre une certaine conception de la justice : exigeante, proche du terrain et résolument tournée vers l’action. Son départ marque la fin d’une époque pour le parquet général de Montpellier, mais aussi pour la magistrature française, qui perd l’un de ses derniers grands « anciens ». Reste à savoir si son successeur saura maintenir ce cap, dans un environnement judiciaire en pleine mutation.