"J'ai tout de suite compris que ça ne marcherait pas": comment Gabriel Attal s'est fait une raison sur l'avenir de l'avion de chasse européen quelques semaines seulement après sa nomination à Matignon

# Le SCAF enterré : Gabriel Attal raconte comment il a vite compris l'échec de l'avion de combat européen Dès ses premières semaines à Matignon, Gabriel Attal a
# Le SCAF enterré : Gabriel Attal raconte comment il a vite compris l'échec de l'avion de combat européen
Dès ses premières semaines à Matignon, Gabriel Attal avait déjà acquis la certitude que le Système de combat aérien du futur (SCAF) ne verrait jamais le jour. L'ancien Premier ministre, aujourd'hui candidat à l'élection présidentielle, a livré un récit sans ambages depuis les Rencontres économiques d'Aix-en-Provence ce vendredi 3 juillet, expliquant comment un dîner à Berlin avec le chancelier Olaf Scholz lui a révélé l'ampleur des divergences franco-allemandes. Un constat qui, selon lui, annonçait inéluctablement l'abandon du projet, officialisé le mois dernier.
## Un dîner à Berlin comme révélateur
"Je suis arrivé à Matignon sans grand a priori sur le sujet", a d'abord confié Gabriel Attal, présent aux Rencontres économiques d'Aix-en-Provence. Pourtant, sa conviction s'est forgée rapidement. "Quelques semaines après ma nomination à Matignon, je me suis rendu à Berlin pour dîner avec le chancelier Olaf Scholz à l'époque, et j'ai tout de suite compris que ça ne marcherait pas", a-t-il raconté. Ce tête-à-tête diplomatique, censé sceller une ambition commune, a au contraire mis en lumière des visions stratégiques irréconciliables. Selon l'ancien locataire de Matignon, les deux pays ne partageaient tout simplement pas la même conception de l'appareil militaire du futur.
## Des divergences stratégiques insurmontables
Les désaccords ne portaient pas sur des détails techniques, mais sur l'essence même du projet. "On ne voulait pas le même avion", a tranché Gabriel Attal. "Les Allemands voulaient un avion plutôt lourd, on voulait un avion plutôt furtif." Cette opposition fondamentale s'explique, selon lui, par des réalités militaires distinctes : "Il se trouve que nous avons la dissuasion nucléaire, ce qui n'est pas leur cas. On a un porte-avions, ce qui n'est pas leur cas." Ces différences de positionnement stratégique ont conditionné des choix industriels et technologiques incompatibles, rendant impossible la conception d'un appareil unique répondant aux besoins des deux nations.
## Un problème de gouvernance industrielle
Au-delà des spécifications techniques, Gabriel Attal a pointé du doigt un dysfonctionnement structurel dans la conduite du projet. "Si vous voulez qu'un projet de coopération en Europe fonctionne, il faut avoir les mêmes objectifs : il faut que nos industriels aient les mêmes objectifs et il faut qu'on puisse avoir un chef d'orchestre et ne pas chercher la dispersion absolue entre les États qui participent sur absolument tous les segments", a-t-il détaillé. Le patron de Renaissance a estimé que "les Allemands visaient la...", laissant entendre que leurs priorités industrielles différaient sensiblement des ambitions françaises. Cette absence de vision commune entre les acteurs économiques des deux pays a, selon lui, scellé le sort du SCAF.
## Des conséquences pour l'industrie de défense européenne
L'abandon du SCAF, officialisé le mois dernier, constitue un revers majeur pour la coopération européenne en matière de défense. Ce programme, lancé en 2017 par Emmanuel Macron et Angela Merkel, devait incarner la souveraineté stratégique du Vieux Continent face aux États-Unis et à la Chine. Sa disparition soulève des questions sur la capacité des États membres à dépasser leurs intérêts nationaux pour construire une défense commune. L'échec du SCAF illustre les difficultés récurrentes de la coopération franco-allemande dans le secteur militaire, déjà éprouvée par les tensions autour du char MGCS (Main Ground Combat System). Reste à savoir si d'autres projets, comme le futur drone européen, parviendront à surmonter ces obstacles.