Onyx Infos

« J’ai infiniment plus de respect pour les dirigeants du Hamas que pour ceux de l’État d’Israël » : les dessous de la condamnation de l’islamologue François Burgat

Une · · Par Claire BERNARD

« J’ai infiniment plus de respect pour les dirigeants du Hamas que pour ceux de l’État d’Israël » : les dessous de la condamnation de l’islamologue François Burgat

# « J’ai infiniment plus de respect pour les dirigeants du Hamas que pour ceux de l’État d’Israël » : les dessous de la condamnation de l’islamologue François B

# « J’ai infiniment plus de respect pour les dirigeants du Hamas que pour ceux de l’État d’Israël » : les dessous de la condamnation de l’islamologue François Burgat L’affaire François Burgat, ancien directeur de recherches au CNRS et islamologue reconnu, a connu un rebondissement judiciaire significatif le 27 mai dernier. Relaxé en première instance le 24 avril 2025 pour le délit d’apologie publique d’actes de terrorisme, l’universitaire de 78 ans a été condamné en appel par la cour d’appel d’Aix-en-Provence à une amende et au dédommagement des parties civiles. Une décision qui, selon les informations rapportées par Le Figaro le 5 juin, interroge les limites de la liberté d’expression face à des propos jugés ambigus sur le conflit israélo-palestinien. ## Des propos tenus sur le réseau social X en 2024 François Burgat était poursuivi pour une série de messages publiés ou repostés sur son compte X courant 2024. Parmi ceux-ci, il avait notamment partagé un communiqué du Hamas condamnant une enquête du New York Times sur les crimes sexuels perpétrés le 7 octobre 2023. Dans ce communiqué, le mouvement palestinien saluait « l’opération bénie Déluge al-Aqsa » et dénonçait une « tentative sioniste » visant à discréditer ses actions. L’universitaire avait également écrit, dans un autre message, qu’il avait « infiniment plus de respect pour les dirigeants du Hamas que pour ceux de l’État d’Israël », une déclaration qui a cristallisé les critiques et motivé les poursuites judiciaires. Ces propos, selon les parties civiles, constitueraient une apologie publique d’actes de terrorisme. En effet, le Hamas est classé comme organisation terroriste par l’Union européenne, les États-Unis et plusieurs autres États, ce qui rend juridiquement sensible tout soutien ou justification de ses actions. La défense de François Burgat a, quant à elle, plaidé la liberté académique et le droit à l’expression critique sur le conflit, arguant que ses déclarations relevaient d’une analyse politique et non d’une incitation à la violence. ## Une décision d’appel aux implications juridiques complexes La cour d’appel d’Aix-en-Provence a donc infirmé le jugement de première instance, estimant que les propos de l’islamologue dépassaient le cadre de la simple opinion politique. Selon des sources judiciaires citées par Le Figaro, la décision s’appuie sur une interprétation stricte de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, qui réprime l’apologie d’actes de terrorisme. Les juges auraient considéré que la répétition et le contexte des messages de François Burgat, notamment son repostage du communiqué du Hamas, constituaient une forme de légitimation implicite des actions du groupe. Cette condamnation intervient dans un climat de tensions accrues autour du conflit israélo-palestinien, où les prises de position publiques sont scrutées et souvent instrumentalisées. L’affaire soulève également des questions sur le traitement judiciaire des discours universitaires, d’autant plus que François Burgat est un spécialiste reconnu du monde arabo-musulman, ayant dirigé l’Institut français du Proche-Orient. Ses travaux, souvent critiques envers la politique israélienne, lui ont valu une réputation controversée dans certains cercles académiques et médiatiques. ## Un pourvoi en cassation déjà annoncé La défense de François Burgat a annoncé un pourvoi en cassation, ce qui signifie que l’affaire n’est pas encore définitivement close. Ce recours pourrait permettre à la Cour de cassation de se prononcer sur la qualification juridique des propos et sur la compatibilité de la condamnation avec la liberté d’expression garantie par la Convention européenne des droits de l’homme. Dans son arrêt, la cour d’appel aurait notamment souligné que les déclarations de l’universitaire ne relevaient pas d’un débat d’idées légitime, mais d’une justification d’actes terroristes, ce qui justifierait une restriction de la liberté d’expression. Cette affaire rappelle d’autres procès récents, comme celui de l’humoriste Dieudonné ou de certains militants propalestiniens, où la frontière entre opinion politique et apologie du terrorisme est régulièrement débattue. Pour les observateurs, la décision de la cour d’appel d’Aix-en-Provence pourrait faire jurisprudence, notamment en ce qui concerne le repostage de contenus émanant d’organisations classées comme terroristes. En attendant l’issue du pourvoi en cassation, l’affaire François Burgat continue de diviser, entre défenseurs de la liberté académique et partisans d’une répression plus ferme des discours jugés complaisants envers le terrorisme.