Iran: «Plus le régime s’appauvrit, plus il devient sanglant et répressif»

Depuis le début du mois d'août, les exportations de pétrole iranien se trouvent paralysées par le blocus naval imposé par les États-Unis autour de l'île de Khar
Depuis le début du mois d'août, les exportations de pétrole iranien se trouvent paralysées par le blocus naval imposé par les États-Unis autour de l'île de Kharg, principal terminal pétrolier du pays. Cette situation, selon l'économiste Djamchid Assadi, professeur à la Burgundy School of Business de Dijon, pourrait aggraver considérablement une économie iranienne déjà fragilisée par une inflation galopante. Le régime, confronté à un appauvrissement accru, pourrait répondre par une intensification de la répression, comme le suggère l'analyse de cet expert.
## Un blocus aux conséquences économiques dévastatrices
Le blocus naval américain sur l'île de Kharg, située dans le golfe Persique, représente un coup dur pour l'économie iranienne, dont les revenus dépendent massivement des exportations pétrolières. Selon des informations rapportées par RFI, les exportations sont au point mort depuis début août, privant Téhéran d'une source de financement essentielle. Djamchid Assadi, économiste reconnu et professeur à la Burgundy School of Business de Dijon, souligne que cette paralysie risque de dévaster davantage un tissu économique déjà affaibli par des années de sanctions internationales et de mauvaise gestion.
En effet, l'Iran traverse une période particulièrement difficile sur le plan économique. L'inflation galopante, qui touche l'ensemble des secteurs, érode le pouvoir d'achat des ménages et accroît les tensions sociales. Les prix des denrées alimentaires de base, des médicaments et des produits de première nécessité ont connu des hausses spectaculaires ces derniers mois, plongeant une partie de la population dans une précarité croissante. Le blocus naval, en tarissant la principale source de devises du pays, ne fait qu'amplifier ces difficultés structurelles.
Par ailleurs, cette situation intervient dans un contexte où les réserves de change de l'Iran sont déjà limitées. La capacité du gouvernement à importer des biens essentiels, notamment des produits pharmaceutiques et des équipements industriels, se trouve sérieusement compromise. Les conséquences pourraient se faire sentir à moyen terme sur l'ensemble de la chaîne de production nationale, avec des répercussions potentiellement désastreuses pour l'emploi et la stabilité sociale.
## Une corrélation entre appauvrissement et répression
L'analyse de Djamchid Assadi met en lumière une dynamique préoccupante : plus le régime iranien s'appauvrit, plus il devient sanglant et répressif. Cette corrélation, bien que difficile à établir de manière définitive, s'appuie sur l'observation des comportements passés du pouvoir iranien lors de périodes de crise économique aiguë. Selon l'économiste, la perte de légitimité économique du régime pourrait l'inciter à renforcer son emprise autoritaire sur la population pour prévenir toute contestation sociale d'ampleur.
Historiquement, l'Iran a connu plusieurs épisodes de répression violente lors de mouvements de protestation liés à la détérioration des conditions de vie. Les manifestations de 2019, déclenchées par une hausse soudaine du prix de l'essence, avaient été réprimées dans le sang, avec un bilan humain qui reste controversé. Plus récemment, le mouvement de contestation né en septembre 2022 à la suite de la mort de Mahsa Amini a également été marqué par une répression sévère, illustrant la détermination du régime à maintenir l'ordre par la force.
Toutefois, il convient de nuancer cette analyse. Le régime iranien dispose de mécanismes de résilience qui pourraient lui permettre de traverser cette période sans basculer dans une répression accrue. La diversification économique, bien que limitée, et les relations diplomatiques avec certains partenaires régionaux et internationaux pourraient offrir des marges de manœuvre alternatives. Néanmoins, la pression exercée par le blocus naval américain réduit considérablement ces options.
## Les implications régionales et internationales
Le blocus naval sur l'île de Kharg ne concerne pas uniquement l'économie iranienne ; il pourrait également avoir des répercussions significatives sur les équilibres régionaux et les marchés énergétiques mondiaux. L'Iran, en tant que membre de l'OPEP, joue un rôle non négligeable dans l'offre mondiale de pétrole. La suspension de ses exportations pourrait exercer une pression à la hausse sur les prix du brut, dans un contexte où la demande mondiale reste soutenue.
D'après certaines sources diplomatiques, la position américaine s'inscrit dans une stratégie plus large de pression maximale sur Téhéran, visant à contraindre le régime à revenir à la table des négociations sur le dossier nucléaire. Cependant, cette approche pourrait produire l'effet inverse, en renforçant la posture intransigeante des autorités iraniennes et en réduisant les possibilités de dialogue. Les observateurs notent également que les pays voisins, notamment ceux du Conseil de coopération du Golfe, pourraient être affectés par une déstabilisation économique de l'Iran, en raison de l'interdépendance des marchés régionaux.
La communauté internationale observe avec attention l'évolution de la situation. Les organisations de défense des droits humains ont exprimé leur inquiétude quant au sort des populations civiles, qui subissent les conséquences d'un conflit géopolitique dont elles ne sont pas parties prenantes. Des appels à la levée partielle des sanctions humanitaires ont été lancés, mais sans résultat concret à ce stade. La question demeure de savoir si la pression économique exercée par les États-Unis parviendra à infléchir la politique iranienne, ou si elle conduira au contraire à une radicalisation du régime et à une aggravation de la répression intérieure.