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Investir dans une vache rapporte 2 à 3 fois plus qu'une assurance-vie: pourquoi le "bail à cheptel" n'est pas plus répandu en France (d'autant qu'il permet de désendetter les agriculteurs)

Economie · · Par Julie MOREAU

Investir dans une vache rapporte 2 à 3 fois plus qu'une assurance-vie: pourquoi le

Investir dans une vache rapporte 2 à 3 fois plus qu'une assurance-vie : pourquoi le "bail à cheptel" n'est pas plus répandu en France En France, environ 40 000

Investir dans une vache rapporte 2 à 3 fois plus qu'une assurance-vie : pourquoi le "bail à cheptel" n'est pas plus répandu en France

En France, environ 40 000 vaches sont actuellement concernées par un dispositif méconnu du grand public : le bail à cheptel. Ce mécanisme permet à des éleveurs de louer des animaux plutôt que de les acheter, offrant ainsi une bouffée d'oxygène financière à des exploitations souvent étranglées par l'endettement. Pour les investisseurs, ce placement alternatif promet des rendements deux à trois fois supérieurs à ceux d'une assurance-vie classique, tout en s'inscrivant dans une démarche d'économie réelle et de sens.

Un levier financier pour les agriculteurs endettés

Le bail à cheptel repose sur un principe simple : un investisseur achète les animaux et en reste propriétaire, tandis que l'éleveur les utilise pour produire du lait ou des veaux, en versant un loyer en contrepartie. Ce système évite à l'agriculteur de solliciter davantage les banques, qui "peinent à nous prêter de l'argent", selon le témoignage d'une éleveuse laitière de l'Ain. En effet, le secteur agricole subit une pression financière croissante, entre aléas climatiques, volatilité des prix et exigences réglementaires.

À Beaupont, dans l'Ain, Justine Chêne, 34 ans, illustre parfaitement ce modèle. Sur les 160 bêtes de son exploitation "Élevage de la pierre dorée", 90 sont des jeunes laitières, dont 40 ne lui appartiennent pas. Des vaches nommées Romy, Rubis ou Raketa ont été financées par des particuliers via MyMarguerit, un placement commercialisé par la société Elevage et Patrimoine. "Travailler avec MyMarguerit nous permet de diminuer notre endettement", explique l'éleveuse. À la reprise de son exploitation en 2021, "avec le cheptel et le matériel existant, faire le contrat de location nous a permis d'économiser environ 200 000 euros".

Un rendement attractif pour les investisseurs

Pour les particuliers, le bail à cheptel offre une alternative aux placements financiers traditionnels. Les loyers versés par l'éleveur génèrent un rendement estimé entre 2 et 3 fois supérieur à celui d'une assurance-vie en euros, selon les données disponibles. Ce taux s'explique par le caractère tangible de l'investissement : la valeur des animaux, leur capacité de production et la revente éventuelle des veaux ou du lait constituent des sources de revenus concrètes.

En outre, ce type de placement séduit une clientèle en quête de sens, désireuse de soutenir l'agriculture française. Les investisseurs restent propriétaires des bêtes pendant toute la durée du contrat, ce qui leur confère une sécurité juridique. Toutefois, ce mécanisme n'est pas sans risque : la mortalité animale, les épizooties ou les fluctuations des cours du lait peuvent affecter la rentabilité. Les sociétés comme Elevage et Patrimoine tentent de mutualiser ces aléas en diversifiant les contrats sur plusieurs exploitations.

Pourquoi le dispositif reste-t-il confidentiel ?

Malgré ses avantages, le bail à cheptel ne concerne que 40 000 vaches en France, soit une fraction minime du cheptel national, estimé à plusieurs millions de têtes. Plusieurs freins expliquent cette diffusion limitée. D'abord, le dispositif souffre d'une méconnaissance généralisée, tant chez les agriculteurs que chez les investisseurs potentiels. Les banques, peu enclines à financer des projets agricoles risqués, ne le promeuvent pas activement.

Ensuite, la complexité administrative et juridique du bail à cheptel peut rebuter. Les contrats doivent être rédigés avec soin pour définir les responsabilités en cas de perte ou de maladie des animaux. Enfin, la rentabilité, bien qu'attractive, reste dépendante de la conjoncture agricole. Certains éleveurs hésitent à partager la propriété de leur cheptel, craignant une perte de contrôle sur leur outil de travail. "On a du mal à prévoir ce qui va se passer dans les cinq années à venir, donc autant être prudent", résume Justine Chêne, soulignant le besoin de flexibilité dans un secteur incertain.

Une piste pour désendetter l'agriculture française

Le bail à cheptel pourrait pourtant constituer une réponse partielle à la crise d'endettement qui frappe l'agriculture hexagonale. En permettant aux éleveurs de réduire leur capital immobilisé, ce mécanisme libère des marges de manœuvre pour investir dans la modernisation des bâtiments ou l'amélioration des conditions de travail. Il offre également une alternative aux prêts bancaires, dont les taux ont grimpé ces dernières années.

Des initiatives comme MyMarguerit tentent de démocratiser le concept, en le rendant accessible via des plateformes numériques. Mais pour que le bail à cheptel devienne un outil courant, un effort de pédagogie reste nécessaire auprès des agriculteurs, des conseillers financiers et du grand public. Dans un contexte où la souveraineté alimentaire et la transition écologique sont au cœur des débats, ce placement à la fois rentable et utile mériterait sans doute une place plus large dans le paysage économique français.