Incendies : "Que les 12 Canadair soient remplacés et que leur nombre soit porté jusqu’à 16"… La promesse non tenue d’Emmanuel Macron

Incendies : le renouvellement des Canadair, une promesse présidentielle en suspens En octobre 2022, depuis les cendres encore fumantes de l’incendie de Landiras
Incendies : le renouvellement des Canadair, une promesse présidentielle en suspens
En octobre 2022, depuis les cendres encore fumantes de l’incendie de Landiras en Gironde, le président de la République Emmanuel Macron annonçait une mesure forte pour la sécurité civile : le renouvellement intégral de la flotte de Canadair, avec un passage de 12 à 16 appareils neufs d’ici 2027. Près de deux ans plus tard, selon des informations rapportées par Midi Libre, cette promesse demeure largement inachevée. La France compte toujours 12 Canadair, dont les plus anciens accusent plus de trente ans de service, tandis que les appels d’offres pour leur remplacement n’ont pas encore abouti à des commandes fermes.
Une flotte vieillissante face à des feux de plus en plus intenses
Les Canadair, ces hydravions bombardiers d’eau emblématiques de la lutte contre les incendies, constituent l’épine dorsale de la réponse française face aux feux de forêt. Pourtant, selon des sources proches de la sécurité civile, la flotte actuelle, composée de modèles CL-415 et CL-215, présente une moyenne d’âge comprise entre vingt et trente-cinq ans. Certains appareils, acquis dans les années 1990, commencent à montrer des signes de fatigue mécanique, ce qui complique leur maintenance et réduit leur disponibilité opérationnelle. En 2023, lors de la saison des incendies, plusieurs Canadair ont dû être cloués au sol pour des réparations imprévues, ce qui a contraint les autorités à solliciter des renforts européens via le mécanisme de protection civile de l’Union européenne. Le décalage entre la promesse présidentielle et la réalité du terrain interroge d’autant plus que les épisodes de sécheresse et de canicule, exacerbés par le changement climatique, allongent chaque année la période à risque.
Des appels d’offres sans avancée concrète
Le processus de remplacement des Canadair, annoncé comme une priorité, semble s’enliser dans des lenteurs administratives et industrielles. D’après des informations recueillies par Midi Libre, un appel d’offres européen a bien été lancé en 2023 pour l’acquisition de nouveaux appareils, mais aucune commande ferme n’a encore été signée. Le constructeur canadien Viking Air, seul fabricant des CL-415, a pourtant proposé une version modernisée, le DHC-515, spécifiquement conçu pour répondre aux besoins des pompiers. Cependant, les négociations buteraient sur le coût unitaire — estimé entre 30 et 40 millions d’euros par appareil — et sur les délais de livraison, qui pourraient s’étendre jusqu’à cinq ans. Par ailleurs, la France n’est pas seule sur ce marché : plusieurs pays méditerranéens, dont l’Espagne, la Grèce et l’Italie, ont également exprimé leur intérêt pour ces avions, ce qui pourrait créer une concurrence et allonger les files d’attente. En attendant, les douze Canadair tricolores continuent d’être opérés avec des pièces détachées de plus en plus rares, ce qui accroît les risques de panne en pleine intervention.
Un enjeu politique et budgétaire sous tension
La non-tenue de cette promesse s’inscrit dans un contexte budgétaire contraint. Le ministère de l’Intérieur, dont dépend la sécurité civile, a vu ses crédits augmenter ces dernières années, mais l’acquisition de quatre Canadair supplémentaires représenterait un investissement de l’ordre de 120 à 160 millions d’euros, sans compter les coûts de formation des pilotes et d’adaptation des infrastructures. Certains élus locaux, notamment dans les régions du Sud-Est et du Sud-Ouest, régulièrement touchées par les incendies, ont exprimé leur inquiétude. Selon des déclarations rapportées par Midi Libre, le sénateur des Bouches-du-Rhône Jean-Pierre Serrus a interpellé le gouvernement en mars 2024, dénonçant un « retard préjudiciable » face à l’urgence climatique. De son côté, l’Élysée assure que le dossier reste une priorité, mais sans fournir de calendrier précis pour les premières livraisons. La question du renouvellement des Canadair illustre ainsi les tensions récurrentes entre les engagements politiques pris lors de crises médiatisées et la réalité des contraintes administratives et financières.
Perspectives : une promesse à reconquérir
Alors que la saison des feux 2024 s’annonce déjà sous haute surveillance, avec des températures records enregistrées dès le mois de juin, l’absence d’avancée concrète sur ce dossier pourrait fragiliser la crédibilité de l’exécutif en matière de protection civile. Les associations de pompiers, consultées par Midi Libre, appellent à un plan d’urgence, incluant la location temporaire d’appareils étrangers en attendant les livraisons. Le gouvernement pourrait également envisager une solution intermédiaire, comme le déploiement de drones bombardiers d’eau, une technologie encore expérimentale mais prometteuse. Quoi qu’il en soit, la promesse des 16 Canadair neufs d’ici 2027 semble, à ce stade, difficilement tenable sans un effort budgétaire et industriel immédiat. Le compte à rebours est lancé, et chaque été qui passe sans remplacement de la flotte expose un peu plus le territoire à des risques accrus.