Incendie à Fontainebleau : «Avec la déprise agricole, on a laissé croître la forêt jusqu’aux portes de la ville»

Incendie à Fontainebleau : «Avec la déprise agricole, on a laissé croître la forêt jusqu’aux portes de la ville» Alors qu’un incendie d’une ampleur exceptionnel
Incendie à Fontainebleau : «Avec la déprise agricole, on a laissé croître la forêt jusqu’aux portes de la ville»
Alors qu’un incendie d’une ampleur exceptionnelle ravage actuellement la forêt de Fontainebleau, en Seine-et-Marne, les questions sur les causes de ce sinistre précoce se multiplient. Selon un entretien accordé par Jean-Baptiste Filippi, chargé de recherche au CNRS et expert en simulation des incendies de végétation, au Figaro, ce feu serait le résultat d’une conjonction de facteurs, dont la croissance incontrôlée de la surface forestière et son manque d’entretien.
Une augmentation mécanique du risque incendie
Jean-Baptiste Filippi, interrogé par le quotidien, analyse la situation avec une rigueur scientifique. « Il y a cent ans, il y avait quatre ou cinq jours par an où le risque incendie était fort dans cette forêt de Seine-et-Marne. Aujourd’hui, on compte entre vingt-cinq et trente jours de risque par an », explique-t-il. Ce chiffre, rapporté par le Figaro, illustre une multiplication par cinq des journées à risque, un constat qui, selon le chercheur, ne signifie pas que les incendies se produisent systématiquement, mais que la probabilité qu’ils surviennent est considérablement accrue.
Ce changement n’est pas un hasard. Il s’inscrit dans une dynamique plus large de transformation du paysage. Le chercheur souligne le doublement de la surface forestière en 150 ans, un phénomène directement lié à la « déprise agricole », c’est-à-dire l’abandon des terres cultivées. « Avec la déprise agricole, on a laissé croître la forêt jusqu’aux portes de la ville », précise-t-il, pointant du doigt la proximité accrue entre les zones boisées et les habitations, un facteur aggravant du risque.
Un manque d’entretien et une saisonnalité bouleversée
L’expert du CNRS insiste également sur le rôle crucial de l’entretien des sous-bois. Selon lui, la gestion forestière actuelle ne suffit pas à prévenir les départs de feu. « Lorsqu’un petit feu de sous-bois se déclenche, léchant l’écorce des arbres, ce n’est pas grave, c’est même bénéfique », affirme-t-il, rappelant que les feux de faible intensité peuvent jouer un rôle écologique en nettoyant le sous-étage. Cependant, le problème réside dans l’accumulation de biomasse sèche – branchages, feuilles mortes, broussailles – qui, en l’absence de brûlage dirigé ou de débroussaillage, crée un combustible idéal pour des incendies plus violents.
Cette situation est d’autant plus préoccupante que la saison des feux semble s’allonger. L’incendie de Fontainebleau, survenu en juillet, est qualifié de « précoce » par le chercheur, un signe supplémentaire du dérèglement climatique qui modifie les cycles traditionnels. Le Figaro rapporte que le feu a pris dans un contexte de sécheresse et de températures élevées, des conditions qui pourraient devenir plus fréquentes à l’avenir.
Des perspectives complexes pour la gestion forestière
Face à cette situation, les pistes d’action sont multiples mais complexes. Jean-Baptiste Filippi suggère qu’il est nécessaire de repenser la gestion des lisières forestières, en particulier à proximité des zones urbaines. « Si on multiplie par cinq le nombre de journées à risque, il faut aussi multiplier par cinq les efforts de prévention », pourrait-on résumer de son analyse. Cela impliquerait un retour à des pratiques d’entretien plus intensives, comme le pâturage ou le brûlage contrôlé, tout en intégrant les contraintes écologiques et budgétaires des collectivités.
L’incendie de Fontainebleau, bien que tragique, pourrait ainsi servir d’alerte pour l’ensemble du territoire français. Alors que les surfaces boisées continuent de gagner du terrain, la question de leur gestion devient un enjeu de sécurité publique majeur, dont les conséquences se mesurent déjà en hectares brûlés et en vies menacées. Le travail de chercheurs comme Jean-Baptiste Filippi, relayé par des médias comme Le Figaro, offre une grille de lecture indispensable pour anticiper les risques à venir.