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Ils pensaient parler à une chaîne belge mais sont passés sur CNews : un documentaire sur Patrick Bruel fait scandale

Une · · Par Claire BERNARD

Ils pensaient parler à une chaîne belge mais sont passés sur CNews : un documentaire sur Patrick Bruel fait scandale

Documentaire sur Patrick Bruel : des intervenants dénoncent une « tromperie » sur leurs intentions Plusieurs personnalités ayant participé au documentaire Patri

Documentaire sur Patrick Bruel : des intervenants dénoncent une « tromperie » sur leurs intentions

Plusieurs personnalités ayant participé au documentaire Patrick Bruel : de séducteur à prédateur ?, diffusé le 12 juin sur CNews, affirment avoir été induites en erreur par la production. Selon des informations rapportées par Midi Libre, ces intervenants — journalistes et avocats — pensaient s’adresser à une chaîne belge dans le cadre d’un travail d’enquête indépendant, et non à une chaîne française d’information continue. La diffusion a suscité un vif émoi, tant sur les réseaux sociaux que dans les milieux médiatiques et juridiques.

Un procédé de production contesté

D’après les témoignages recueillis par Midi Libre, plusieurs participants au documentaire auraient été contactés par une société de production qui se présentait comme travaillant pour une chaîne belge. L’objet de l’entretien, selon eux, portait sur une analyse des mécanismes de séduction et des comportements dans le milieu du show-business. Or, le résultat final, diffusé sur CNews, aurait pris une tonalité bien plus accusatoire, centrée sur des allégations de prédation sexuelle visant le chanteur Patrick Bruel.

Un avocat ayant participé aux entretiens a déclaré au quotidien régional : « On m’a présenté le projet comme un documentaire neutre sur la place des hommes dans la société contemporaine. Jamais on ne m’a dit que cela serait diffusé sur CNews ni que l’angle serait celui d’une enquête sur des comportements jugés problématiques. » La production, contactée par Midi Libre, n’aurait pas souhaité commenter ces accusations de manière détaillée, se contentant de renvoyer à un communiqué évoquant « un travail journalistique rigoureux et équilibré ».

Un documentaire au cœur des polémiques

Le documentaire, réalisé par une équipe ayant déjà travaillé sur des sujets sensibles liés aux violences sexistes et sexuelles, s’inscrit dans un contexte où plusieurs figures publiques masculines sont confrontées à des accusations de comportements inappropriés. Patrick Bruel, de son côté, a fermement démenti les allégations formulées dans le film, par l’intermédiaire de son avocat. Dans un communiqué transmis à l’AFP, le chanteur dénonce « un montage orienté et des procédés contraires à l’éthique journalistique ».

La diffusion sur CNews, chaîne du groupe Canal+ souvent critiquée pour sa ligne éditoriale conservatrice, ajoute une dimension politique au scandale. Plusieurs voix, notamment à gauche, ont dénoncé une instrumentalisation médiatique. Le député écologiste Julien Bayou a ainsi tweeté : « Utiliser des témoignages obtenus sous un faux prétexte pour faire de l’audience sur une chaîne qui nie régulièrement les violences faites aux femmes, c’est un double scandale. »

Des précédents dans le paysage médiatique

Cette affaire n’est pas sans rappeler d’autres cas où des intervenants ont été trompés sur la destination finale de leurs propos. En 2021, plusieurs experts avaient dénoncé avoir été piégés par une émission de télévision française qui leur avait présenté un projet d’enquête sur la radicalisation, avant de diffuser leurs analyses dans un documentaire à charge contre l’islam. La pratique, si elle n’est pas illégale en l’absence de contrat écrit précisant la chaîne de destination, soulève des questions éthiques.

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), devenu l’Arcom, pourrait être saisi. Selon une source proche du dossier citée par Midi Libre, plusieurs plaignants envisagent de déposer un recours pour « manquement à la loyauté de l’information ». L’instance de régulation pourrait examiner si la diffusion sur CNews, connue pour sa ligne éditoriale, constitue un changement substantiel par rapport au projet présenté aux intervenants.

Vers une clarification des pratiques ?

L’affaire met en lumière les zones grises du journalisme de commission, où des productions indépendantes revendent leurs contenus à des chaînes aux profils variés. Pour les participants, il devient difficile de vérifier en amont l’usage final de leurs propos. Plusieurs voix, dont celle de la journaliste Léa Salamé sur France Inter, ont appelé à une « transparence totale » sur les intentions des productions.

Patrick Bruel, qui n’a pas encore engagé de poursuites judiciaires, a indiqué par l’intermédiaire de son avocat qu’il « étudiait toutes les options légales » pour répondre à ce qu’il considère comme une atteinte à sa réputation. De leur côté, les intervenants trompés réfléchissent à une action collective. L’affaire pourrait ainsi rebondir dans les semaines à venir, tant sur le plan médiatique que juridique, et poser la question plus large de la déontologie des documentaires d’investigation à l’ère des chaînes d’opinion.