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Ils détiennent peu de dette française mais multiplient les achats et les ventes: comment ces fonds spéculatifs peuvent aggraver le risque de crise financière en France

Economie · · Par Julie MOREAU

Ils détiennent peu de dette française mais multiplient les achats et les ventes: comment ces fonds spéculatifs peuvent aggraver le risque de crise financière en France

## La spéculation sur la dette française s'intensifie La France emprunte actuellement à 4,77 % sur l'échéance à dix ans, un niveau proche de son record de 2008

## La spéculation sur la dette française s'intensifie La France emprunte actuellement à 4,77 % sur l'échéance à dix ans, un niveau proche de son record de 2008 atteint en pleine crise financière mondiale. Dans le même temps, l'écart avec le Bund allemand, référence obligataire de la zone euro, atteint 1,13 point de pourcentage, un plus haut depuis 2012 et la crise des dettes souveraines. Derrière cette tension, un acteur discret mais de plus en plus influent : les fonds spéculatifs, ou hedge funds. ## Une présence marginale à l'émission, massive sur le marché secondaire Selon les éléments rapportés par BFM Business, ces fonds détiennent une fraction limitée de la dette française. Ils interviennent peu sur le marché primaire, celui où l'État vend directement ses obligations aux investisseurs, comme le souligne Alexandre Baradez, responsable de l'analyse marché chez IG France. Leur terrain de jeu privilégié reste le marché secondaire, où les titres s'échangent entre investisseurs après leur émission. C'est précisément sur ce segment que leur poids dans les échanges quotidiens progresse. Autrement dit, sans être des créanciers majeurs de la France, les hedge funds participent de manière croissante à la formation des prix, donc des taux auxquels le pays se finance. Cette dissociation entre détention et influence constitue le cœur de l'inquiétude exprimée par plusieurs observateurs de marché. ## Des taux élevés qui attirent les stratégies opportunistes L'attrait des fonds spéculatifs pour la dette tricolore s'explique en partie par le niveau des rendements. « Certains fonds vont évidemment regarder les obligations françaises et se dire qu'il est plus attractif qu'auparavant » de détenir de la dette, explique Stephen Innes, gérant de SPI AM, interrogé par l'AFP. Il précise toutefois que l'intérêt principal réside dans les opportunités offertes par de tels niveaux de taux face aux autres actifs. Cette dynamique s'inscrit dans un contexte où la France supporte, selon le même gérant, « une prime de risque politique et budgétaire plus élevée ». Les investisseurs réagiraient aux perspectives budgétaires, aux incertitudes entourant la politique du gouvernement et au contexte électoral. Alexandre Baradez résume la perception du marché : ces acteurs « sentent qu'il y a une faiblesse de la France par rapport aux autres pays européens ». ## Un risque d'amplification des mouvements La question centrale porte sur l'effet amplificateur de ces stratégies. Un fonds qui multiplie achats et ventes sur un même titre ne cherche pas à conserver la dette jusqu'à son échéance : il parie sur des variations de prix à court terme. Ce faisant, il peut accentuer la volatilité des cours, et donc celle des taux souverains. Pour l'État emprunteur, l'enjeu est direct. Une hausse des taux à dix ans renchérit le coût de chaque nouvelle émission et alourdit progressivement la charge de la dette dans le budget. Si la détention reste faible, la capacité de ces fonds à peser sur les échanges quotidiens suffit à nourrir la crainte d'une spéculation de plus en plus intense, dans un marché où la défiance budgétaire est déjà palpable. La situation actuelle ne traduit pas une crise avérée, mais elle illustre une mécanique désormais bien identifiée : des acteurs minoritaires en détention peuvent devenir majoritaires en influence sur la formation des prix. Pour la France, la vigilance porte autant sur le niveau des taux que sur la composition des intervenants qui les déterminent.