Ils se demandent "pourquoi eux, pourquoi leur village?": aux Pays-Bas, une petite commune médiévale d'à peine 1.200 habitants risque d'être rasée au nom de la transition énergétique

Une commune médiévale de 1 150 âmes face au bulldozer de la transition énergétique Aux Pays-Bas, le village de Moerdijk, situé entre les ports de Rotterdam et d
Une commune médiévale de 1 150 âmes face au bulldozer de la transition énergétique
Aux Pays-Bas, le village de Moerdijk, situé entre les ports de Rotterdam et d'Anvers, pourrait disparaître pour laisser place à un vaste pôle de transition énergétique. Le projet gouvernemental « Powerport », portant sur 700 hectares, prévoit le démantèlement de cette localité fondée au Moyen-Âge pour construire des infrastructures dédiées à l'éolien offshore et à l'hydrogène vert. Les habitants, qui oscillent entre colère et incrédulité, attendent une décision du gouvernement sur l'avenir de leur communauté.
Un projet industriel d'envergure sur un territoire stratégique
Le site de Moerdijk présente un intérêt majeur pour les autorités néerlandaises. Positionné dans le sud du pays, entre les deux plus grands ports européens, il constitue un point de passage obligé pour les flux énergétiques. Le projet Powerport prévoit la construction de lignes à haute tension destinées à relier les parcs éoliens de la mer du Nord au port local, ainsi que des sous-stations électriques pour transformer et distribuer l'énergie sur le réseau national. Des usines de production d'hydrogène vert devraient également voir le jour sur ce périmètre. Selon le site officiel du port de Moerdijk, cet aménagement serait « nécessaire pour raccorder l'éolien en mer et remédier à la saturation du réseau électrique » dans un pays parmi les plus densément peuplés d'Europe. Le projet implique toutefois le démantèlement complet du village, dont l'existence remonte à plusieurs siècles.
Une communauté soudée face à l'incertitude
Dans les rues de Moerdijk, la mobilisation se lit sur les façades. Autour d'une petite école, d'un club de football et d'un snack-bar, des drapeaux portant la mention « Moerdijk doit rester » ornent de nombreuses maisons. Pim Meijer, qui représente un collectif de 500 habitants, décrit une population partagée entre « colère, incrédulité et méfiance envers le gouvernement ». Les résidents se demandent « pourquoi eux, pourquoi leur village », confrontés à la perspective de tout quitter après des décennies, parfois des générations, passées sur place. Bob Spaans, 72 ans, incarne cette génération de villageois attachés à leurs racines. Il se retrouve régulièrement avec ses voisins dans un café local, mais chacun s'interroge sur la durée de ces moments de convivialité. « Il y a des gens qui sont nés et ont grandi ici, certains ont aujourd'hui 90 ans », souligne Pim Meijer, évoquant des cas particulièrement douloureux.
Un arbitrage délicat entre impératifs climatiques et préservation du patrimoine
Le gouvernement néerlandais se trouve face à un arbitrage complexe entre ses engagements climatiques et la préservation d'un patrimoine villageois unique. La saturation du réseau électrique national constitue un frein au développement des énergies renouvelables, et les infrastructures prévues à Moerdijk répondent à ce besoin technique identifié. Les habitants, eux, attendent une décision officielle qui scellera le destin de leur commune. Leur combat s'inscrit dans un contexte plus large de tensions entre les objectifs de décarbonation et leurs conséquences sociales locales. La question du dédommagement, du relogement et du maintien des liens communautaires reste posée, alors que le projet Powerport demeure à ce stade une annonce gouvernementale dont les modalités pratiques restent à préciser. Les prochaines semaines devraient apporter des éléments de réponse sur le calendrier et les conditions de cette transformation territoriale majeure.
La décision du gouvernement néerlandais, attendue dans les prochains mois, déterminera si Moerdijk rejoindra la liste des villages sacrifiés sur l'autel de la transition énergétique ou si la mobilisation citoyenne parviendra à infléchir un projet perçu comme une fatalité par ses habitants.