Ils ne se contentent plus du marché intérieur, prônent un management plus souple et se méfient du pouvoir de Pékin: les nouveaux milliardaires chinois bouleversent les codes pour conquérir le monde

Les nouveaux milliardaires chinois tournent le dos aux modèles établis pour s’imposer à l’international La nouvelle génération de milliardaires chinois, âgée de
Les nouveaux milliardaires chinois tournent le dos aux modèles établis pour s’imposer à l’international
La nouvelle génération de milliardaires chinois, âgée de 40 ans ou moins, ne se contente plus de dominer le marché intérieur. Selon le classement Hurun, qui recense les fortunes mondiales, la Chine compte désormais 30 milliardaires dans cette tranche d’âge, soit neuf de plus que l’année précédente. Ces entrepreneurs, plus discrets mais résolument tournés vers l’étranger, bousculent les codes du management et affichent une méfiance marquée envers le pouvoir de Pékin, comme le rapporte The Economist dans une analyse dédiée.
Une fortune qui dépasse les figures emblématiques de la tech occidentale
Parmi ces nouveaux visages, Liang Wenfeng illustre parfaitement cette dynamique. Cet entrepreneur, originaire de Zhanjiang dans le Guangdong, a fondé DeepSeek en 2023. Sa start-up, spécialisée dans l’intelligence artificielle conversationnelle, est valorisée à 71 milliards de dollars. L’agence Bloomberg évalue sa fortune personnelle à près de 38 milliards de dollars, un montant comparable au PIB d’Haïti ou du Salvador. Avec cette richesse, Liang Wenfeng se positionne comme la 63e fortune mondiale, et son pécule dépasse celui de Sam Altman et Dario Amodei réunis, deux figures majeures de l’IA aux États-Unis. Pourtant, son nom reste largement méconnu en France, malgré l’ampleur de son succès.
Des trajectoires qui reflètent la mutation de l’économie chinoise
Le parcours de ces jeunes milliardaires contraste avec celui de leurs prédécesseurs. Dans les années 1980, lors de la libéralisation économique, les premiers magnats chinois se sont enrichis en rachetant des entreprises d’État pour les transformer en géants industriels. Zhang Ruimin a ainsi bâti Haier, devenu le premier fabricant mondial d’électroménager. Xu Jiayin a profité de l’ouverture du marché immobilier pour fonder Evergrande, longtemps l’un des plus grands promoteurs du pays avant sa chute récente. Dans les années 2000, BYD, fabricant de batteries, a capitalisé sur l’entrée de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce pour s’imposer comme un leader mondial. Les nouveaux entrepreneurs, eux, évoluent dans un tout autre contexte, marqué par une forte dépendance aux marchés étrangers et une volonté de s’en affranchir.
Un management plus souple et une méfiance envers Pékin
Ces jeunes milliardaires prônent un style de gestion plus flexible, loin des hiérarchies rigides qui caractérisaient les conglomérats d’État. Ils privilégient l’innovation, l’agilité et une culture d’entreprise inspirée des modèles occidentaux. Parallèlement, ils entretiennent une relation distante avec le pouvoir central. Cette méfiance envers Pékin se traduit par une stratégie d’expansion internationale assumée, visant à réduire leur exposition aux aléas réglementaires et politiques du marché chinois. Leur objectif : conquérir les marchés occidentaux, où ils voient un potentiel de croissance encore largement inexploité.
Une génération qui redéfinit les ambitions économiques
Cette évolution marque un tournant dans l’histoire économique chinoise. Les nouveaux milliardaires ne cherchent plus à consolider un empire domestique, mais à bâtir des entreprises globales, capables de rivaliser avec les leaders technologiques mondiaux. Leur discrétion médiatique contraste avec l’audace de leurs ambitions. Selon le classement Hurun, la Chine recense 539 milliardaires au total, et cette jeune génération en représente une part croissante. Leur succès, s’il se confirme, pourrait redessiner les équilibres économiques mondiaux dans les prochaines décennies.