"Il vomissait au fur et à mesure qu’il racontait" : le témoignage et la colère d’une mère après l’agression sexuelle présumée de son fils, par un prêtre, à Béziers

"Il vomissait au fur et à mesure qu’il racontait" : le témoignage et la colère d’une mère après l’agression sexuelle présumée de son fils, par un prêtre, à Bézi
"Il vomissait au fur et à mesure qu’il racontait" : le témoignage et la colère d’une mère après l’agression sexuelle présumée de son fils, par un prêtre, à Béziers
Huit ans après les faits présumés, une mère de famille a brisé le silence. Lundi 8 juin, en marge d’une audience qui pourrait relancer l’enquête, elle a livré un témoignage poignant à nos confrères de Midi Libre, décrivant avec une violence contenue le calvaire de son fils, alors âgé de 8 ans, victime présumée d’une agression sexuelle commise par le prêtre Xavier Zabaleta, à l’époque en poste à l’œuvre de jeunesse de la Font-Neuve, à Béziers.
### Des révélations douloureuses et un état de sidération
Selon les informations rapportées par Midi Libre, la mère de la victime a décrit avec précision la scène où son fils, aujourd’hui adolescent, a finalement osé se confier. « Il vomissait au fur et à mesure qu’il racontait », a-t-elle confié, illustrant l’intensité du traumatisme refoulé pendant des années. L’enfant, âgé de 8 ans au moment des faits présumés, aurait été approché par le prêtre Xavier Zabaleta, alors qu’il participait à des activités à la Font-Neuve, un lieu d’accueil et de loisirs pour la jeunesse géré par l’Église. La mère a exprimé une colère froide face à ce qu’elle considère comme un système de protection ayant permis à l’ecclésiastique de rester en poste. « On savait, mais on n’a rien fait », aurait-elle déclaré, faisant référence à des alertes qui, selon elle, auraient été ignorées par la hiérarchie diocésaine. Le conditionnel s’impose, car aucune confirmation officielle n’a encore été apportée par les autorités ecclésiastiques sur d’éventuels signalements antérieurs.
### Un prêtre déjà sous le coup d’accusations
Xavier Zabaleta, prêtre du diocèse de Montpellier, n’en serait pas à sa première mise en cause. D’après des sources proches de l’enquête, citées par Midi Libre, le religieux ferait l’objet de plusieurs signalements pour des faits similaires, bien que ceux-ci n’aient pas encore donné lieu à des condamnations définitives. L’affaire, qui remonte à 2016, avait été classée sans suite, avant d’être relancée par le témoignage de la mère et de son fils. Le parquet de Béziers, contacté par nos confrères, n’a pas souhaité commenter l’évolution du dossier, se contentant d’indiquer que « des investigations complémentaires sont en cours ». Cette situation rappelle, en effet, les difficultés récurrentes rencontrées par les victimes d’abus sexuels au sein de l’Église catholique, où la prescription et le silence institutionnel ont longtemps entravé la justice. Le cas de Béziers s’inscrit dans un contexte plus large, marqué par la publication du rapport Sauvé en 2021, qui estimait à 330 000 le nombre de mineurs victimes de violences sexuelles commises par des personnes en lien avec l’Église en France depuis 1950.
### Une mère en quête de justice et de reconnaissance
Au-delà du récit personnel, la mère de la victime a exprimé une détermination farouche à obtenir une reconnaissance judiciaire. « Je ne laisserai pas mon fils porter ça tout seul », a-t-elle martelé, selon Midi Libre. Son témoignage public, bien que douloureux, vise à briser l’omerta qui, selon elle, entoure encore ces affaires. Elle a également dénoncé le manque de soutien psychologique pour les familles, soulignant que son fils avait dû attendre plusieurs années avant de pouvoir consulter un spécialiste. Le diocèse de Montpellier, interrogé par nos confrères, a indiqué avoir « pris connaissance des faits avec gravité » et avoir « suspendu le prêtre de ses fonctions dès l’ouverture de l’enquête canonique ». Une version qui contredit partiellement le récit de la mère, laquelle affirme que Xavier Zabaleta aurait continué à officier pendant plusieurs mois après les premiers signalements. Ces divergences pourraient être au cœur des débats à venir, alors que la justice pénale et la justice canonique semblent peiner à se coordonner.
### Des implications qui dépassent le cadre local
Cette affaire, bien que locale, pourrait avoir des répercussions nationales. Elle intervient alors que la commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase) continue de suivre la mise en œuvre de ses 45 recommandations, parmi lesquelles figurent la levée du secret de la confession pour les cas de pédocriminalité et la création d’un fonds d’indemnisation pour les victimes. Selon des informations rapportées par Midi Libre, plusieurs autres familles de la région de Béziers auraient contacté l’association de soutien aux victimes La Parole Libérée pour signaler des faits similaires impliquant d’autres membres du clergé local. Une situation qui, si elle se confirmait, pourrait élargir le spectre de l’enquête et raviver le débat sur la responsabilité des institutions religieuses dans la protection des mineurs. La mère de la victime, elle, ne compte pas en rester là : elle a annoncé son intention de saisir la Commission reconnaissance et réparation (CRR) de la Conférence des évêques de France, espérant obtenir une indemnisation pour son fils.
Le chemin vers une éventuelle vérité judiciaire semble encore long, mais ce témoignage marque une étape cruciale pour une famille qui refuse de se taire. L’affaire de Béziers rappelle, une fois de plus, que la parole des victimes, lorsqu’elle est enfin libérée, peut ébranler des décennies de silence et de compromissions.