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"Il y a du thon à foison" : les quotas de "l’or rouge" de la Méditerranée au centre de discordes avec le ministère de la mer

Une · · Par Claire BERNARD

Le ministère de la Mer et de la Pêche s'apprête à répartir un surplus de quotas de thon rouge, une espèce prisée au point d'être surnommée "l'or rouge" de Médit

Le ministère de la Mer et de la Pêche s'apprête à répartir un surplus de quotas de thon rouge, une espèce prisée au point d'être surnommée "l'or rouge" de Méditerranée, et ses arbitrages suscitent déjà de vives tensions. Selon des informations rapportées par Midi Libre, l'administration centrale entendrait favoriser la façade atlantique dans l'attribution de ces volumes additionnels destinés aux petits métiers de pêche, une orientation que les organisations professionnelles méditerranéennes contestent fermement. Ce différend, qui oppose les représentants des pêcheurs du Sud aux services de l'État, porte sur la répartition géographique d'une ressource dont la présence est décrite comme abondante cette saison. ### Une ressource abondante mais des arbitrages contestés Les organisations de pêcheurs de Méditerranée font état d'une présence exceptionnelle de thon rouge sur leurs zones de pêche habituelles. "Il y a du thon à foison", rapportent les professionnels interrogés par Midi Libre, une situation qui contraste avec la prudence affichée par les gestionnaires des pêcheries. Cependant, selon des sources concordantes, le ministère de la Mer et de la Pêche aurait décidé d'orienter une part significative du surplus de quotas vers les flottilles de l'Atlantique, une décision perçue comme un déséquilibre supplémentaire dans la répartition des possibilités de pêche. Ce surplus de quotas, négocié dans le cadre des instances internationales de gestion du thon rouge, représente un enjeu économique considérable pour les petits métiers, dont la viabilité dépend en grande partie de l'accès à cette espèce à haute valeur commerciale. En effet, le thon rouge se négocie à des prix élevés sur les marchés asiatiques, notamment au Japon où il est particulièrement recherché pour la confection de sushi et de sashimi. Les organisations méditerranéennes estiment que la proximité géographique de leurs zones de pêche avec les routes migratoires de l'espèce justifierait une priorité d'accès à ces volumes complémentaires. ### Le précédent de la reconstitution du stock La situation actuelle s'inscrit dans un contexte plus large de reconstitution des stocks de thon rouge, une espèce qui avait frôlé l'effondrement dans les années 2000. Selon les données disponibles, les mesures de gestion mises en place sous l'égide de la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique (ICCAT) ont porté leurs fruits, permettant une augmentation significative de la biomasse. Ce rétablissement, salué par les scientifiques comme par les professionnels, a conduit à une réévaluation progressive des totaux admissibles de captures (TAC) lors des négociations annuelles. Toutefois, la répartition de ces quotas élargis entre les différentes façades maritimes françaises demeure un sujet de friction récurrent. Les pêcheurs méditerranéens font valoir que leurs flottilles, historiquement dépendantes de cette ressource, ont supporté l'essentiel de l'effort de réduction des captures pendant les années de crise. Selon des représentants professionnels, cette contribution à la reconstitution du stock devrait logiquement se traduire par un accès prioritaire aux volumes supplémentaires désormais disponibles. Le ministère, de son côté, justifierait son arbitrage par des considérations de répartition équilibrée entre les régions et par la nécessité de soutenir des flottilles atlantiques confrontées à d'autres difficultés économiques. ### Des négociations sous tension entre les régions Les discussions entre les organisations de pêche méditerranéennes et le ministère de la Mer et de la Pêche se poursuivent, sans qu'un accord n'ait encore été trouvé à ce stade. Selon Midi Libre, les représentants des pêcheurs du Sud auraient exprimé leur intention de saisir les instances de concertation régionales pour faire valoir leurs arguments, estimant que la décision ministérielle méconnaît les réalités locales de la pêche au thon. La question de la saisonnalité des pêcheries et des périodes de présence de l'espèce dans les eaux méditerranéennes constitue également un point de discussion technique important. Par ailleurs, ce différend intervient dans un contexte où la pêche française doit composer avec des exigences européennes croissantes en matière de durabilité et de traçabilité des captures. Les autorités rappellent régulièrement que la gestion des quotas s'inscrit dans un cadre réglementaire strict, visant à garantir la pérennité de la ressource sur le long terme. Les organisations professionnelles méditerranéennes, tout en reconnaissant la nécessité d'une gestion prudente, estiment que l'abondance actuelle de thon dans leurs eaux devrait être prise en compte de manière plus fine dans les décisions administratives, d'autant plus que les campagnes de pêche précédentes ont montré des taux de réalisation des quotas variables selon les zones. L'issue de ces négociations pourrait influencer durablement les relations entre l'administration centrale et les pêcheurs méditerranéens, qui attendent une reconnaissance de leur spécificité dans la gestion nationale des ressources halieutiques. La décision finale du ministère, attendue dans les prochaines semaines, déterminera dans quelle mesure les petits métiers de Méditerranée pourront bénéficier de cette manne que constitue le thon rouge, espèce emblématique et économiquement stratégique pour toute la filière.