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"Il suffit de les foutre au feu" : la France peut-elle vraiment annuler une partie de sa dette comme le proposent Matthieu Pigasse et Jean-Luc Mélenchon ?

Une · · Par Claire BERNARD

La proposition, portée d'abord par Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise, puis reprise par le banquier d'affaires Matthieu Pigasse, de procéder à une annula

La proposition, portée d'abord par Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise, puis reprise par le banquier d'affaires Matthieu Pigasse, de procéder à une annulation partielle de la dette publique française détenue par la Banque centrale européenne (BCE) relance un débat économique et institutionnel sensible. Selon des informations rapportées par *Midi Libre*, cette idée, qui consiste à "effacer" une partie des titres de dette, soulève des questions majeures sur la soutenabilité des finances publiques et l'indépendance de la politique monétaire européenne. Alors que la France affiche une dette dépassant les 3 000 milliards d'euros, l'hypothèse d'un effacement unilatéral interroge tant sur le plan juridique que sur ses conséquences économiques potentielles. ### Une proposition qui transcende les clivages politiques L'initiative de Matthieu Pigasse, propriétaire du groupe de médias "Combat", vient s'ajouter à celle de Jean-Luc Mélenchon, créant une convergence inattendue entre un banquier d'affaires et un leader politique de la gauche radicale. D'après les éléments rapportés par *Midi Libre*, le banquier aurait suggéré qu'“il suffit de les foutre au feu” pour évoquer les obligations détenues par la BCE, une métaphore choc qui traduit une volonté de rupture avec les dogmes orthodoxes de gestion de la dette. Cette position singulière, émanant d'un acteur habitué des arcanes financières, pourrait témoigner d'une évolution des mentalités au sein des élites économiques françaises, confrontées à l'ampleur de l'endettement national. ### Le cadre juridique européen, un obstacle de taille Cependant, une telle opération se heurterait à des obstacles juridiques considérables. Selon les traités européens, notamment l'article 123 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, le financement monétaire direct des États par la BCE est strictement interdit. Cette disposition fondamentale, qui vise à garantir l'indépendance de la politique monétaire et à prévenir tout risque inflationniste, rendrait juridiquement contestable toute annulation unilatérale de la dette détenue par l'institution de Francfort. Par ailleurs, les programmes d'achats d'actifs mis en place par la BCE depuis 2015, bien qu'ils aient permis de soulager la pression sur les taux d'intérêt, s'inscrivent dans un cadre strictement encadré qui exclut toute remise de dette. ### Des conséquences économiques incertaines et potentiellement risquées Les implications économiques d'une telle mesure restent par ailleurs largement incertaines. Si l'annulation de la dette détenue par la BCE permettrait mécaniquement de réduire le ratio d'endettement français, elle pourrait également entraîner une perte de confiance des marchés financiers et des partenaires européens. En effet, une telle décision, perçue comme un précédent dangereux, pourrait fragiliser la crédibilité de la signature française et entraîner une hausse des primes de risque sur les marchés obligataires. De plus, selon certains économistes, la BCE pourrait être contrainte de compenser ces pertes par une création monétaire supplémentaire, alimentant potentiellement des tensions inflationnistes que l'institution cherche précisément à contenir. ### Un débat qui s'inscrit dans une réflexion plus large sur la soutenabilité de la dette Cette controverse intervient dans un contexte où la question de la soutenabilité de la dette publique française est devenue un sujet central du débat public. La charge de la dette, qui représente désormais le deuxième poste budgétaire de l'État, pourrait dépasser les 50 milliards d'euros par an dans les prochaines années, selon les projections des services de Bercy. Dans ce cadre, la proposition de Matthieu Pigasse et de Jean-Luc Mélenchon, bien que techniquement complexe à mettre en œuvre, a le mérite de relancer une réflexion nécessaire sur les instruments disponibles pour alléger le fardeau de l'endettement. Le débat, qui oppose les partisans d'une orthodoxie budgétaire stricte aux défenseurs d'une approche plus hétérodoxe de la gestion de la dette, semble toutefois loin d'être tranché, tant les contraintes institutionnelles et politiques demeurent prégnantes.