"Il reste à s'entendre sur certains détails": pourquoi ça coince entre Poutine et Xi Jinping sur le gigantesque projet de gazoduc entre les deux pays

"Il reste à s'entendre sur certains détails" : pourquoi le mégaprojet de gazoduc entre Poutine et Xi Jinping patine Le sommet entre Vladimir Poutine et Xi Jinpi
"Il reste à s'entendre sur certains détails" : pourquoi le mégaprojet de gazoduc entre Poutine et Xi Jinping patine
Le sommet entre Vladimir Poutine et Xi Jinping, qui s’est tenu la semaine dernière à Pékin, devait marquer une nouvelle étape dans le partenariat énergétique russo-chinois. Pourtant, à l’issue des discussions, un dossier majeur est resté en suspens : celui du gazoduc « Force de Sibérie 2 ». Ce projet, colossal par son ampleur et son importance stratégique, n’a pas été officialisé dans la liste des accords bilatéraux publiée par le Kremlin. Un constat qui interroge, alors que Moscou en fait une priorité absolue.
Un projet vital pour la Russie, une option pour la Chine
Censé relier les gigantesques réserves de gaz de la péninsule de Yamal, dans l’Arctique russe, aux provinces consommatrices du nord de la Chine, Force de Sibérie 2 est un axe central de la stratégie de Moscou pour compenser la perte de ses marchés européens. Selon les estimations, sa capacité annuelle atteindrait environ 50 milliards de mètres cubes, soit l’équivalent de l’ancien gazoduc Nord Stream 1 qui reliait la Russie à l’Allemagne. Ce volume s’ajouterait aux 38 milliards de mètres cubes déjà transportés par le premier gazoduc Force de Sibérie, en service depuis 2019.
Pour la Russie, l’enjeu est existentiel. Les exportations vers l’Europe, qui représentaient près de 150 milliards de mètres cubes par an avant la guerre en Ukraine, se sont effondrées. Sans ce nouveau débouché asiatique, une partie de son appareil gazier pourrait être contrainte de réduire sa production. Mais la Chine, bien que dépendante à 40 % du gaz importé, ne semble pas pressée.
Le prix, pomme de discorde principale
Si Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, a salué ce mercredi 20 mai des « progrès » et une « compréhension des principaux paramètres » du projet (tracé, mode de construction), il a reconnu qu’« il reste à s’entendre sur certains détails ». Aucun « délai de mise en œuvre » n’a été évoqué.
Selon des sources proches des négociations, le principal point d’achoppement reste le prix du gaz. La Chine, qui dispose d’un pouvoir de négociation considérable, cherche à obtenir un tarif aussi bas que possible, comparable à celui qu’elle paie pour le gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance du Qatar ou de l’Australie. De son côté, la Russie, qui doit financer un investissement estimé à plusieurs dizaines de milliards de dollars pour la construction du pipeline, souhaite un prix qui garantisse la rentabilité du projet.
La Chine temporise, la Russie s’impatiente
Plusieurs analystes estiment que Pékin utilise le temps comme levier. « La Chine n’a pas un besoin urgent de ce gaz. Elle peut diversifier ses approvisionnements via le GNL, et elle sait que la Russie, isolée, n’a pas d’alternative crédible », explique un expert en énergie interrogé par Onyx Infos.
Le géant chinois importe déjà du gaz russe via le premier gazoduc, et ses réserves stratégiques sont actuellement à un niveau élevé. De plus, la demande intérieure chinoise, bien que croissante, n’est pas au niveau des prévisions initiales en raison du ralentissement économique. Ce contexte donne à Xi Jinping une position de force : signer rapidement n’est pas une nécessité, mais un choix.
Un accord repoussé, mais pas enterré
Malgré ce blocage, les deux camps n’ont pas enterré le projet. Force de Sibérie 2 permettrait à la Chine de sécuriser 12 % de sa consommation annuelle de gaz via une liaison terrestre, réduisant ainsi sa dépendance aux routes maritimes, potentiellement vulnérables en cas de tensions en mer de Chine méridionale. Pour la Russie, il s’agit d’un enjeu de survie économique.
Les prochaines étapes, notamment une possible signature lors d’un sommet bilatéral à l’automne, seront scrutées de près. Mais pour l’heure, le « oui » de Pékin n’est pas acquis. Comme le résume un diplomate russe sous couvert d’anonymat : « Nous avons un accord de principe. Mais en affaires, le diable se cache dans les détails – et ces détails coûtent des milliards. »